Les taux d'intérêt bas : le piège de l'argent gratuit

Publié par Richard Détente | 10 juil. 2017 | Articles

Les taux d'intérêts seront le facteur clef de la prochaine crise de l'euro. Quelle est le piège des taux bas ? Pourquoi le prix de l'argent est important ?

 

 

Bonjour à tous. Aujourd'hui, je vais aborder un sujet qu'il est capital de comprendre, car il est au centre de l'actualité économique et au cœur de la prochaine crise économique. Et, accessoirement, c'est un outil essentiel du secteur de l'immobilier et du bâtiment.

Il s'agit du loyer de l'argent : les taux d'intérêt.

Ça, on connaît tous, c'est le coût du crédit.

Oui, mais est-ce que tu es sûr de bien comprendre comment fonctionnent les taux d'intérêt aujourd'hui ? Comment est-il seulement possible que des taux d'intérêt soient négatifs, comme c'est le cas aujourd'hui, lorsque certains États empruntent ?

Attention, un taux d'intérêt négatif, ça signifie que le gars qui te prête de l'argent te paie pour que tu le lui empruntes.

En gros, il t'en prête 100 en te disant que si tu lui rends seulement 99 dans un an, c'est ok pour lui.

Ça ne t'étonne pas, ça ?

Les taux négatifs concernent les États, jamais mon banquier me proposera d'emprunter à taux négatif. Du coup, c'est encore un truc compliqué où ils doivent se récupérer ailleurs, non ?

Alors, détrompes-toi, sur le principe, ce n'est pas du tout une histoire compliquée. Et dans le concret, il n'y a pas de "ils se récupèrent ailleurs". La contrepartie dans cette histoire, à la fin, ce sera les impôts, donc c'est toi.

Moi ? Comment ça ? Explique un peu.

Un taux d'intérêt, c'est simplement un prix. D'un côté, il y a des gens qui ont économisé et qui ont de l'argent sous le coude et, de l'autre côté, il y a des gens qui ont besoin d'argent pour réaliser des projets d'investissement.

Donc, celui qui a des projets en tête va voir celui qui a de l'argent et ils se mettent d'accord sur un prix de location.

Ton projet a l'air solide, j'y crois, donc je veux bien te prêter 10 000 € pendant un an.

Par contre, comme pendant un an, je vais me priver de tout ce que je pourrais faire avec cet argent, donc je te demande de me rendre à la fin de l'année 1 000 € plus une prime de 50 €.

Dans ce cas, le prêt est de 1 000 € et le taux d'intérêt de 5%. C'est tout simple. Donc, en fonction des proportions de gens qui souhaitent emprunter et de ceux qui souhaitent prêter, il y a un taux moyen qui se dessine. C'est pour ça que lorsque je veux un prêt, je vais voir plusieurs banques pour les mettre en concurrence.

Oui, sauf qu’aujourd'hui, cela ne se passe pas comme ça en réalité, car les taux d'intérêt des banques ne sont pas réellement libres. À la base, ce sont les banques centrales qui fixent le premier taux d'intérêt. On l'appelle le taux directeur.

Ensuite, sur la base de ce taux directeur, les banques commerciales font leur popote. Les taux d'emprunts vont variés en fonction d'un tas de facteurs, comme le risque par exemple, mais comme la banque centrale affiche un taux directeur auquel les banques peuvent se refinancer, tous les taux d'emprunt que les banques proposent gravitent autour du taux directeur initial.

Alors, mon taux d'intérêt pour mon crédit automobile dépend du taux directeur décrété par la Banque centrale européenne ?

Oui, complètement. D'ailleurs on le voit bien, aujourd'hui, l'argent n'est pas cher par rapport à seulement 15 ans en arrière.

Sauf que, il y a un hic, car on n'a jamais rien sans rien.

Pour qu'un crédit soit honnête, il faut deux choses :

1) Pour que les prêteurs acceptent de prêter, il faut que le risque soit bien identifié et corresponde à un taux d'intérêt qu'ils acceptent.

2) Pour que les emprunteurs acceptent d'emprunter, il faut qu'ils soient capables de payer le taux d'intérêt grâce à des projets dont la rentabilité le permet.

Donc, fixer le loyer de l'argent, c'est quand même pas si simple.

Pour justifier cette intervention, les économistes expliquent la chose suivante :

D'un côté, lorsque la croissance baisse, il faut baisser les taux d'intérêt pour que les entreprises puissent de nouveau emprunter pour réaliser leurs investissements, donc la croissance repart.

De l'autre côté, lorsque la croissance augmente, il faut augmenter les taux d'intérêt pour que l'inflation ne vienne pas tout détruire.

Sur le papier, c'est logique.

Sauf que pour que ça fonctionne, il faudrait que nous soyons des gestionnaires raisonnables. Ce n'est pas le cas.

Le premier emprunteur en France, comme dans la majorité des pays riches, c'est l'État.

Il y a donc un premier biais à la baisse qui montre que ce ne sont pas les États ou les regroupements d'États comme l'Union européenne, ça revient au même, qui devraient fixer le loyer de l'argent.

Oui, mais ça on le sait aussi, c'est pour ça que la Banque centrale européenne est indépendante.

Ah non, sur le fond, l'indépendance de la BCE n'est pas défendable. Dès lors que c'est l'existence de l'euro-système qui est menacée, elle se retrouve bien obligée de faire ce qu'elle n'a pas envie de faire. Elle ira fatalement dans le sens de la survie du système qui l'a créée.

C'est exactement ce qui se passe depuis 2008.

Mais, ce n'est pas tout : manipuler les taux d'intérêt a un deuxième effet pervers colossal et fondamental.

Dans un monde parfait, le taux d'intérêt moyen devrait logiquement correspondre à la rentabilité moyenne de l'économie, en quelque sorte.

Ça veut dire quoi, cette phrase ? Tu nous embrouilles, là.

Plaçons-nous dans une situation fictive :

Pipo veut ouvrir son atelier de bûcheron et Mollo a de l'argent.

Comme Pipo sait que Mollo a de l'argent, il va lui proposer le marché suivant :

J'ai besoin de 10 000 € pour lancer mon atelier et je pense que je vais gagner 1 000 € par an avec ce travail. Donc, je te propose de me prêter les 10 000 € et, en contrepartie, je te donnerai 500 € par an tant que je n'aurai pas remboursé.

De son côté, Mollo fait le calcul suivant :

Soit, il accepte le marché de Pipo et son argent lui rapportera 5% par an. Soit, il décide d'ouvrir lui-même son atelier de bûcheron et de faire le travail pour espérer gagner 10% par an.

Au final, Pipo et Mollo rentrent dans des discussions interminables sur le pourquoi du comment de la chose, et décident enfin d'un taux d'intérêt de 6,5%.

Fin de l'histoire.

Le principe n'est pas plus compliqué que ça.

Ok, donc un taux d'intérêt honnête traduit un équilibre dans la répartition de la richesse créée entre un investisseur et un emprunteur. Mais c'est quoi, le problème avec la BCE, alors ?

Tu peux pas nous faire un exemple dans le cas où la rentabilité moyenne serait 5%, pour voir ?

Dans ce cas, les taux d'intérêt devraient tourner autour de ce taux.

Par contre, si la BCE décide que le bon taux d'intérêt pour gagner de l'argent est de 2%, alors en tant qu'investisseur, je vais garder mon argent, puisque ce n'est pas rentable d'investir, et je vais au contraire emprunter à 2% pour acheter des entreprises solides qui ont une rentabilité de 5%

Dans ce cas, j'investis sans prendre de risques.

Ah oui, parce que les banquiers prêtent plus facilement à ceux qui sont capables d'assurer qu'ils ont de quoi rembourser, dans ce cas on finit par faire de l'argent avec de l'argent.

Mais ça sent le pâté comme système, non ?

Oui, fortement, car inéluctablement, il y aura de moins en moins d'investissements qui se dirigeront vers les nouvelles activités productives, et tous les prix vont monter, car il sera facile d'emprunter pour acheter un rendement sans risques.

C'est comme ça que l'on sabote la productivité d'une économie tout en créant des bulles spéculatives gigantesques !

Donc, à ce moment, tu es en train de nous dire que nous sommes dans une impasse.

D'un côté, les banques centrales ne peuvent pas remonter les taux d'intérêts car les finances des États n'y survivront pas, et de l'autre côté, ces mêmes taux bas vont saboter l'économie productive par le manque d'investissement utile.

Donc, baisse du PIB, donc baisse des impôts perçus par les États et donc, au bout du compte, faillite aussi.

Pour rendre à César ce qui est à César, cela fait longtemps que je veux faire un épisode sur ce sujet. C'est un article de Charles Gave qui m'a décidé à le faire en m'appuyant dessus.

En substance, il raconte ce que je viens de vous dire.

Mais il publie aussi un graphique.

En rouge, il s'agit des périodes où les taux d'intérêt réels sont inférieurs à 1%.

En noir, il s'agit du PIB des États-Unis.

Si je me souviens bien de la vidéo sur la variation des prix et l'inflation, le taux d'intérêt réel, c'est le taux d'intérêt affiché moins l'inflation.

Sur une durée de 55 ans tout de même, lorsque les taux réels sont inférieurs à 1%, le PIB diminue.

Alors, ce n'est pas parce qu'il y a corrélation qu'il y a forcément une relation de cause à effet.

Cependant, l'hypothèse est solide, car Charles Gave assure qu'il observe cette relation dans les autres pays riches sur les mêmes périodes. Il explique sa méthode de travail dans son article.

C'est parfaitement logique.

Alors, ce graphique n'explique pas pourquoi les taux d'intérêt ont été baissés lorsque tout allait bien. Mais il appuie fortement l'idée qu'une manipulation des taux à la baisse fait décroître la richesse créée dans une zone économique donnée.


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