L’inflation, un risque toujours vivace

Publié par Philippe Herlin | 10 août 2017 | Articles

Les milliers de milliards de dollars, d’euros, de yens, de yuans etc. créés par les banques centrales depuis la crise de 2008 n’ont pas donné lieu à une vague d’inflation, contrairement à ce que l’histoire enseignait jusqu’alors, mais faut-il pour autant négliger ce risque ? Assurément non.

Cette masse d’argent créée ex nihilo par les banques centrales n’a pas dégénéré en hausse des prix pour une raison bien simple : elle n’a pas investi les circuits économiques, mais est demeurée bien sagement dans les coffres bancaires. Cet argent est "gelé", pour une grande partie d’ailleurs, dans les coffres des banques centrales elles-mêmes !

Explication : les banques centrales font tourner la planche à billets pour racheter aux banques des obligations d’État et de grandes entreprises, qui se retrouvent ainsi avec une montagne de liquidités. Mais elles l’investissent pour une faible part dans l’économie réelle (la demande de l'économie est faible, les normes de solvabilité découragent le crédit aux entreprises, les opportunités sont rares, ce que traduit la faible croissance). D’autre part, les banques ne se prêtent pas cet argent puisque, suite à la crise de 2008, elles ont perdu confiance entre elles, le marché interbancaire tourne au ralenti. Elles préfèrent ainsi placer cet argent à un endroit où elles sont certaines à 100% de le retrouver, dans les banques centrales.

L’objectif des banques centrales consistait, par ces rachats, à abaisser les taux d’intérêt pour relancer le crédit aux entreprises et à la consommation en le rendant moins coûteux. La première partie de l’opération a fonctionné : nous sommes dans un contexte de taux zéro et parfois même négatifs, mais pas la seconde, l’économie n’a pas redémarré. Si l’interventionnisme fonctionnait, l’URSS serait devenue la première puissance mondiale, mais l’économie ne fonctionne pas comme ça.

Cet argent tourne en rond sans toucher terre, si l’on peut dire : en conséquence pas de risque inflationniste à l’horizon. Il se retrouve en partie sur les marchés financiers, qu'il contribue à doper, dangereusement d'ailleurs, mais c'est tout. Cependant le contexte actuel pourrait changer. Qu’est-ce qui pourrait inciter ou forcer cet argent à rejoindre l’économie "réelle" ? Une vigoureuse reprise économique, qui entraînerait une forte hausse des prêts aux entreprises, de leurs investissements, puis des salaires et enfin des prix ? Ne rêvons pas, l’ankylose de nos économies est profonde, spécialement à cause du poids des impôts et des réglementations (voici où les États devraient agir !). Les taux zéro eux-mêmes freinent la "destruction créatrice" schumpetérienne en permettant aux canards boiteux de continuer à se financer.

Cherchons plutôt du côté des variables de base qui pourraient brusquement changer comme :

  • une hausse des matières premières, au premier rang desquelles le pétrole (qui dépend plus de la géopolitique que des marchés), qui se transmettrait à tous les secteurs,
  • un effondrement d’une ou plusieurs monnaies (le yen est bien placé avec une dette publique japonaise de 300% du PIB) qui fait de facto exploser les prix intérieurs,
  • une nouvelle crise bancaire obligeant à redoubler la planche à billets (l’UE est bien placée avec ses banques italiennes, mais aussi allemandes) au point de faire vraiment douter de la valeur de sa monnaie et de provoquer une "fuite devant la monnaie",
  • les épargnants qui, face à des rendements nuls, décident de migrer en masse vers les actifs réels (l’UE bien placée aussi) et de faire exploser leur prix (un grand nombre comprendra alors que l’or physique offre la meilleure protection contre cette inflation…)

Le déclencheur peut survenir un jour ou l’autre sans que personne ne l’ait prévu. Quoi qu’il en soit, le risque inflationniste demeure l’un des gros Cygnes noirs des mois et des années à venir.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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