La fin de la crise de la dette grecque ?

Publié par Richard Détente | 27 juin 2018 | Articles 1142

 


Dans le journal, je lis cette semaine que le problème de la crise grecque et de la dette grecque est réglé. Je cite Le Figaro : "La Grèce tourne la page de huit ans de crise". Ou encore : La Grèce "tourne une page, sa dette est viable" comme le déclare le porte-parole du gouvernement grec.

, tu t'es bien planté. Dire que tu as fait un épisode sur la crise de l'euro en novembre pour conclure que rien n'était résolu. Oh, la bourde. Retourne lire Le Monde pour t'informer.

Pas si vite, car en cherchant un tout petit peu on peut également voir que pas grand monde n'y croit, dans le fond. Prenons du recul et faisons le point sur les dix ans qui viennent de passer pour comprendre quel est le problème avec la dette grecque et qu'est-ce qu'il en est réellement aujourd'hui.

Pour bien comprendre la situation, regardons l'état initial de la Grèce avant la crise des subprimes.

Pour faire simple et sans tenir compte des problèmes qu'a engendrés l'arrivée de l'euro sur la Grèce, en 2008, le PIB était 350 mds € pour une dette de 385 mds €, dont un taux d'endettement de 110 %. Voilà pour l'état initial.

Aujourd'hui, le PIB Grec est d'environ 200 mds € pour une dette de 360 mds €, soit un taux d'endettement d'environ 180%.

Attends; la dette est passée de 385 mds € à 360 mds €, soit 6,5% de moins, mais le PIB, la richesse créée, a chuté de 350 mds € à 200 mds €, soit une chute de 40%. C'est juste énorme ! Au final, dix ans plus tard, c'est bien pire. À quel moment on a sauvé la Grèce, déjà ?

C'est un peu le problème. On ne peut pas dire que la Grèce a été sauvée. Personnellement, je dirais plutôt qu'elle a été vitrifiée pour quelques années, tout au plus.

Reprenons doucement. En 2008, l'économie grecque est boostée par des taux artificiellement bas depuis une dizaine d'années, suite à son entrée dans l'euro, et les déséquilibres s'installent. Voir les deux vidéos sur Target2 si vous voulez comprendre le détail de tout ça.

Lors de la crise des subprimes, l'économie grecque est très fortement impactée, car c'est un petit pays pas très riche et pas très attractif à plein de niveaux.

Du coup, juste avant la crise de l'euro en 2010, le PIB grec s'est déjà effondré de 15% à 300 mds €, tandis que sa dette a explosé à 145 % du PIB.

Donc, à l'époque, c'est de la faute à la crise et c'est pour ça que l'on en arrive à des plans de sauvetage. Jusque-là, ok.

En mai 2010 l'Union européenne, le FMI et la Banque centrale européenne arrivent pour sauver les marrons du feu. Cette commission composée de ces trois membres se fait appeler la Troïka. La Troïka, au cours des cinq ans qui passeront, vont enchaîner les sommets de la dernière chance et les plans d'aide avec le discours suivant :

- Si le peuple grec fait le dos rond et accepte l'austérité, alors on vous aidera à ne pas faire faillite et à rester dans l'euro.

- Si vous faites trop les fortes têtes, on vous sort de l'euro et on vous renvoie à l'âge de pierre économique.

Bon an mal an, les différents gouvernements grecs ont cédé à la pression et ont toujours choisi la première solution, même quand le peuple a voté NON en 2015, suite à un référendum organisé par le gouvernement de gauche radical, Syriza, pour savoir s'il voulait bien accepter un nouveau train d'austérité.

Donc la Troïka a réussi à mettre la pression sur les gouvernements grecs pour qu'ils signent les accords. Mais si la situation est pire dix ans après, quel est l'intérêt pour la Troïka d'être allée s'embêter avec les Grecs ? Il s'est passé quoi ?

Pour ne pas rentrer dans le détail de tout l'historique de cette histoire, voici l'analyse que je vous propose :

Déjà, lorsque l'on annonce en mars 2012, par exemple, un plan d'aide de 130 mds € et un allègement de 107 mds € des dettes privées, il ne s'agit pas du tout de réduire la dette de 240 mds €, comme on pourrait le penser. Dans ce cas précis, les 107 mds € constituent bien une annulation de dettes, mais les 130 mds € sont consentis sous la forme d'un emprunt à la Grèce.

Donc, en l’occurrence, la Grèce s'est allégée de 107 mds €, mais elle en a repris pour 130 mds €. Donc lors de ce plan d'aide, la dette grecque a augmenté de 23 mds €.

Je ne comprends rien. Comment la dette de la Grèce peut augmenter quand on cherche à la désendetter ? Ce n’est pas logique.

La bonne clé de lecture, c'est de comprendre d'où vient le risque.

En 2010, lorsque la Grèce menace de faire faillite et de ne pas payer sa dette, l'Europe, voire le monde, tremble à l'idée que ce défaut entraîne la chute du système financier qui est encore fébrile de la crise de 2008.

Il est donc absolument essentiel de mettre le nez dans les comptes grecs pour éviter de mettre en danger le système financier qui pèse en milliers de milliards € et non pas en centaines.

Attends; on est venu aider la Grèce, car c'était plus facile que de démêler toutes les conséquences qu'un défaut grec aurait eu sur le système financier ? C'est bien ça que tu es en train de dire ?

Exactement. Du coup, pour reprendre l'exemple du plan d'aide de mars 2012, les 130 mds € de prêts consentis à la Grèce par la Troïka doivent servir en priorité à renflouer les banques grecques pour 25 mds €, et ensuite ils doivent permettre à la Grèce de payer ses créanciers privés pour ne pas les mettre en danger.

Mais c'est un transfert de risque, pas une aide. Bon, par contre, les 107 milliards de "haircut", c'est-à- dire de pertes sèches acceptées par les banques au même moment, c'est bien un désendettement.

Oui et non. Imagines que tu es une banque et que tu as 100 € de dette grecque dans les poches en mars 2012. On pense à l'époque qu'il y a une très grosse possibilité que l'État grec fasse faillite. Du coup, le prix de la dette grecque, ce que l'on appelle les obligations, est très bas. Dit autrement, si tu vends ta dette grecque à l'époque sur le marché, on te la reprendra pour moins de 10% de sa valeur initiale.

Du coup, lorsque l'État grec propose, avec l'appui de la Troïka, une reprise de cette même dette avec une décote entre 50% et 70%, tu restes gagnant. C'est toujours mieux de repartir avec 50% de la somme initiale qu'avec 10%.

Donc, là encore, c'est une aide en direction du système financier. Ah ouais, quand même … ça laisse songeur. Du coup, les banques perdent moins et l'État grec finance le tout avec un prêt de la Troïka, donc des contribuables européens et mondiaux.

Mais, une seconde. Si les investisseurs touchent des intérêts lorsqu'ils achètent des obligations d'un État, c'est bien pour couvrir, entre autres, le risque de défaut de cette dette. C'est pour ça que les taux d'intérêts varient d'un pays à l'autre, non ?

Ce n’est pas exclusivement pour ça, mais en tout cas, c'est une part importante. Tu as raison, mais dans ce cas-là, la Troïka a eu tellement la trouille des conséquences d'une faillite grecque qu'elle n’a pas pu se résoudre à laisser la Grèce faire faillite.

Ce n’est pas super propre, mais je comprends. Mais alors aujourd'hui, on en est où de tout ça ? Les journaux annoncent la fin des problèmes, mais la situation s'est dégradée. Il est où, le hic ?

Aujourd'hui, une bonne partie de la dette grecque est sous contrôle de l'Europe et du FMI; donc si la Grèce fait faillite, c'est avant tout l'Europe et le FMI qui perdront de l'argent. Pour ce qui concerne le secteur privé, l'exposition est bien plus faible.

En ce sens, c'est une réussite pour la Troïka, puisque c'est également elle qui dicte sa conduite économique à la Grèce au travers d’une sorte de régime de tutelle. Mais pour la Grèce, dans le fond, le problème de la dette est toujours là. 

Aujourd'hui l'Europe a consenti un ré-étalement de la dette pour que la Grèce n'ait pas besoin des marchés financiers pendant une année et demie. Mais passé ce délai, à moins que, par magie, la croissance soit devenue fulgurante en Grèce, les mêmes problèmes se poseront et on sera reparti pour un nouveau psychodrame européen.

Pour terminer, à mon avis, la dette de la Grèce est tout simplement non remboursable. Ce n'est pas possible et tout le monde le sait.

Par contre, personne ne veut être le fossoyeur de la Grèce, car aujourd'hui c'est le contribuable qui devra payer l'addition.

L'objectif dans le dossier grec, pour nos politiques, est donc de sécuriser le système financier à chaque crise et de repousser le dossier un an plus loin en espérant qu'il atterrira sur le bureau de quelqu'un d'autre.

Vous trouvez ça triste et injuste ? Vous avez raison, et c'est exactement ce qu'a dénoncé le parlement européen grec, en 2015, au travers d'une commission de la vérité sur la dette.

En conclusion, je dirais que le dossier grec est un pavé de plus dans la mare économique et une source de crise supplémentaire, car les fonds publics qui ont prêté l'argent à la Grèce ne sont pas financés pour faire face à un défaut de paiement.


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