Une étude sur le « Gold Fix » montre des signes de manipulation par les banques depuis 10 ans

Publié par Goldbroker ™ | 1 mars 2014 | Articles

Le London Gold Fix, le taux de référence utilisé par les minières, les joailliers et les banques centrales pour évaluer l’or, pourrait avoir été manipulé depuis plus de dix ans par les banques qui l’établissent, selon des chercheurs.

Des tendances inhabituelles de trading aux alentours de 15h, heure de Londres, quand le « fix » de l’après-midi est établi par conférence téléphonique entre cinq des plus gros négociants d’or, sont un signe de collusion et devraient être soumis à une investigation, selon le professeur Rosa Abrantes-Metz, du Stern School of Business de l’Université de New York, et Albert Metz, directeur chez Moody’s Investors Service.

« La structure de l'indice est certainement propice à la collusion et à la manipulation, et les données empiriques sont cohérentes avec des prix artificiels » écrivent-ils dans le rapport, pas encore publié. « Il semblerait qu’il y ait eu coopération entre les participants. »

Cet article est le premier à soulever l'hypothèse que les cinq banques qui fixent le prix de l'or, soit la Barclays, la Deutsche Bank, la Banque Scotia, HSBC et la Société Générale, auraient pu travailler ensemble afin de manipuler l'indice. Cette étude met encore plus de pression sur les épaules des banques afin qu’elles restructurent la manière dont le taux est calculé. Les autorités de régulation du monde entier, qui enquêtent sur la manipulation du taux interbancaire LIBOR et du Forex, le marché des changes, examinent maintenant le marché de l’or, d’une valeur de $20,000 milliards, à la recherche d'irrégularités.

« Ce n'est pas un rapport de Moody’s » dit Michael Adler, un porte-parole de la société, dans un e-mail. « Le co-auteur de cet article l’a écrit indépendamment de sa position chez Moody’s et ne représente que les résultats de ses propres recherches et son propre point de vue. »

Les cadres du London Gold Market Fixing Ltd., la société détenue par les banques qui déterminent le taux, ont demandé des explications à la Société Générale, qui assure la présidence tournante du groupe. Les cadres de Barclays, Deutsche Bank, HSBC et Société Générale ont refusé de commenter ce rapport et d'aborder l’avenir de cet indice de référence. Joe Konecny, un porte-parole de Bank of Nova Scotia, n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Abrantes-Metz conseille l’Union européenne et l’International Organization of Securities Commissions sur les indices de référence financiers. Son article de 2008, LIBOR Manipulation?, a aidé à mettre à jour les manipulations du London interbank offered rate (LIBOR), ce qui a conduit les sociétés financières, incluant Barclays Plc (BARC) et UBS AG, à être condamnées à des amendes de $6 milliards. Elle intervient en tant qu’experte payée par des avocats en fournissant des analyses économiques des litiges. Metz est à la tête de la recherche pour les politiques de crédit à l'agence de notation Moody’s.

 

Un processus non réglementé

Ce processus de fixation date de 1919. Les courtiers de l'époque se rencontraient dans les somptueux bureaux de Rothschild à la City de Londres et indiquaient leur intérêt en brandissant de petits drapeaux. Maintenant le « fix » est calculé deux fois par jour par conférence téléphonique, à 10h30 et à 15h, heure de Londres. Les appels durent en moyenne dix minutes, mais ils peuvent durer jusqu’à une heure.

Les sociétés déclarent combien de lingots d’or elles veulent acheter ou vendre au prix spot courant, en se basant sur leurs commandes et celles des clients. Le prix est augmenté ou baissé jusqu’à ce que les quantités à vendre ou à acheter ne diffèrent que de 50 lingots, ou environ 620 kilogrammes, les unes des autres, et c'est à ce moment que le « fix » est determiné.

Les traders relaient à leurs clients les changements dans l’offre et la demande pendant l’appel et prennent des commandes fraîches d’achat ou de vente à mesure que le prix change, selon le site web de London Gold Market Fixing, où les résultats sont publiés. À 15h hier (27 fév.), le prix était à $1,332.25 l’once. Le processus n’est pas réglementé et les cinq banques peuvent échanger l’or et ses produits dérivés tout au long de l’appel.

 

Toujours vers le bas

En novembre, Bloomberg News a fait état d’inquiétude parmi les traders et les économistes, à savoir que les banques participant au « fix » et leurs clients détenaient un avantage déloyal, parce que l’information recueillie pendant les appels laissait entrevoir la direction future des prix et que les banques pouvaient miser sur les marchés spot et des dérivés pendant l’appel.

Abrantes-Metz et Metz ont examiné les transactions journalières sur le marché spot de l’or de 2001 à 2013, à la recherche de mouvements soudains et inexpliqués qui pourraient indiquer des comportements illégaux. À partir de 2004, ils ont observé de fréquentes hausses dans le prix spot de l’or durant l’appel de l’après-midi. Ces mouvements ne se reproduisaient pas durant l’appel du matin et n’avaient pas eu lieu avant 2004, ont-ils découvert.

Et ces grands mouvements de prix durant l’appel de l’après-midi étaient souvent dans une même direction : vers le bas. Les jours où les auteurs ont identifié de grands mouvements de prix durant le « fix », ces mouvements étaient vers le bas les deux-tiers des fois dans six années différentes, entre 2004 et 2013. En 2010, les grands mouvements durant le « fix » étaient à la baisse 92% du temps, selon les auteurs.

Dans une interview téléphonique cette semaine, Abrantes-Metz a déclaré qu’il n’existait pas de raison valable pour expliquer pourquoi ces tendances ont commencé en 2004, pourquoi elles étaient plus fréquentes lors du « fix » de l’après-midi, ni pourquoi les mouvements de prix avaient une tendance à être à la baisse.

 

Bafin, FCA 

« C'est une première tentative pour dévoiler un comportement manipulateur et les résultats sont inquiétants, » dit-elle. « Il incombe  maintenant aux organismes de réglementation d’établir les raisons de ces tendances étonnantes, mais on peut dire que les banques ont les moyens, les motifs et l'opportunité de manipuler le « fix ». Les résultats pointent de manière cohérente vers la possibilité de collusion. »

Deutsche Bank, le plus grand prêteur d’Allemagne, a déclaré en janvier qu’elle se retirait du groupe de banques qui fixent les taux de l’or et de l’argent. Bafin, l’organisme allemand de réglementation des marchés financiers, a interviewé les employés de la banque basés à Francfort, dans le cadre d’une investigation sur la potentielle manipulation des prix de l’or et de l’argent.

« En général, les recherches qui retracent certaines tendances de mouvement du prix ne constituent pas, en soi, des preuves de manipulation, » selon Thorsten Polleit, économiste en chef chez le broker de métaux précieux Degussa Goldhandel GmbH, basé à Francfort, et un ancien économiste de chez Barclays. « Cependant, les résultats de ces recherches peuvent stimuler l’intérêt à en découvrir plus sur les sources de ces mouvements de prix. »

 

« Des contrôles appropriés »

Les cinq banques responsables du « fix » ont mis sur pied un comité et engageront des conseillers externes pour envisager des réformes avant que la législation et les contrôles de l’Union européenne sur les indices de référence financiers soient appliqués, selon ce qu’a rapporté Bloomberg le mois dernier. La Britain’s Financial Conduct Authority scrute également comment les prix sont calculés. Le régulateur a publié cette semaine un rapport décrivant sa mission de régulation des matières premières, y compris l'or, en disant que, s'il est responsable des dérivés de matières premières, il ne réglemente pas les matières premières physiques.

« Des comportements abusifs peuvent arriver dans les marchés physiques qui, à leur tour, ont un impact sur, ou sont directement reliés à, l’activité des marchés financiers et les prix, » selon un rapport du FCA. « Le régime de réglementation – et au Royaume-Uni et à l’international – doit être adapté afin d’assurer des contrôles robustes et appropriés. »


Source originale: Bloomberg


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