La Chine n’est qu’une usine, pas une véritable économie, l’effondrement menace

Publié par Philippe Herlin | 3 sept. 2015 | Articles

La crise de croissance de l’économie chinoise s’avère sans doute plus grave qu’on ne le pense, et ce pour une raison fondamentale : nous n’avons pas affaire à une "économie" mais à une "usine". Précisons ce que nous voulons dire par là. La Chine n’est pas vraiment une économie au sens où nous l’entendons, avec sa liberté de création d’entreprises et de produits, avec sa créativité, avec ses startups qui viennent bousculer les grosses sociétés. Nous sommes face à une économie dirigée qui a voulu être "l’usine du monde" grâce à ses coûts de main d’œuvre les plus bas. Ca a marché pendant deux à trois décennies, mais ce modèle prend l’eau avec l’inéluctable relèvement des salaires, et bien d’autres freins qui apparaissent.

En effet, qui dit économie dirigée dit corruption, favoritisme, impossibilité de concurrencer les monopoles d’Etat et les entreprises proches du pouvoir, et passe-droits pour les cercles dirigeants. L’explosion meurtrière de Tianjin le 12 août cristallise tous ces travers (l’entreprise responsable des entrepôts n’avait pas l’autorisation pour stocker autant de produits dangereux mais son dirigeant a profité de ses relations avec le pouvoir local). Voilà autant de goulots d’étranglement pour la croissance économique.

Ce sont des "mots d’ordre" qui structurent la réalité économique, pas le marché, et le pays se retrouve ainsi avec 20% d’immeubles vides. La décision part d’en haut, vient ensuite la course pour capter la plus grosse part de gâteau, en attendant la prochaine résolution du Comité central. La dernière encourageait la population à investir en bourse… Il s’agit d’une croissance intrinsèquement bullaire où l’on passe du tout exportation à l’immobilier et aux infrastructures, puis aux marchés boursiers, en attendant le prochain eldorado.

La preuve de cette incapacité à devenir une véritable économie développée : essayez de citer des marques chinoises mondialement connues ! Lenovo, oui, mais il s’agit de la division informatique personnel d’IBM rachetée en 2005, ce qui explique qu’elle soit distribuée dans le monde entier. Le fabricant de smartphones Huawei, peut être, le site Alibaba, plus sûrement, et ensuite ? Au contraire, lorsqu’il a émergé sur la scène mondiale, le Japon a su construire des marques puissantes et à forte notoriété dans l’automobile, l’électronique grand public, les appareils photos, etc. C’est encore ce qui tient le pays aujourd’hui malgré un bilan macroéconomique inquiétant, des produits mondialement reconnus pour leur technicité et leur fiabilité que les consommateurs du monde entier sont prêts à acquérir. La Chine ne propose rien de tel, en conséquence, si elle perd son avantage en termes de coûts de fabrication, le niveau d’activité s’effondre. C’est ce à quoi nous assistons en ce moment.

Dès lors, il faut alimenter une prochaine bulle et, en l’occurrence, Pékin vient d’abandonner l'obligation imposée aux banques de limiter leurs prêts par rapport aux dépôts (auparavant la loi limitait les prêts à 75% des dépôts). Et en avant pour une bulle du crédit aux particuliers ! La Chine n’a pas fini de faire trembler les marchés financiers.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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