L’argent et le brillant avenir du Mexique

Publié par Gold Broker | 10 juil. 2017 | Articles

Par Hugo Salinas Price

La fin de l'actuel système monétaire international est déjà en cours. Le symptôme le plus flagrant est la bellicosité des États-Unis, alimentée par la perception des dirigeants américains que le pays perd son influence, et que leur objectif profond de contrôler le monde entier est en train de leur échapper. La fin du dollar en tant que base du système monétaire international signifie la fin des États-Unis tels qu’on les connaît.

Nous ne discuterons même pas de l’avenir du dollar US en tant que devise de réserve internationale. Il semble acquis que l’unité monétaire américaine touche à sa fin, du moins son statut de monnaie mondiale, ou sinon qu’elle ne servira que sur le territoire américain.

La Chine et la Russie accumulent d’importantes quantités d’or. La Chine est le plus grand producteur aurifère au monde, et elle ne vend pas un gramme de sa production sur les marchés internationaux. Elle accumule tout, parce qu’elle entrevoit la fin du système monétaire actuel.

L’enterrement du système monétaire a déjà lentement débuté, comme avec la Russie et la Chine qui commencent à vendre leurs produits à travers le monde en échange d’or. Nous ne savons pas encore comment se fera la transition vers une monnaie mondiale basée sur l'or. Peut-être commencera-t-elle lorsque le bloc eurasien attribuera un prix plus élevé à l’or, comparé à son prix actuel; ou peut-être commencera-t-elle avec l’or à son prix actuel. Mais peu importe la technique utilisée, il faudra que le prix de l’or grimpe fortement, vers un prix d’au moins dix fois le prix d’aujourd’hui, et éventuellement bien plus haut. En fait – et c’est assez difficile à imaginer – il ne sera plus vraiment question de la montée du prix de l’or en dollars, étant donné que ces deux puissances auront abandonné le dollar, mais de la quantité d’or que la Russie et la Chine exigeront en échange de leurs exportations. Cette quantité représentera une petite fraction de ce qu’elles exigent actuellement. En d'autres termes, le pouvoir d’achat de l’or sera bien plus élevé.

La stabilisation du pouvoir d’achat de l’or aura lieu une fois que les déséquilibres commerciaux à travers le monde auront été éliminés : les déficits et excédents commerciaux se réduiront à des phases tout simplement transitoires, dans tous les pays du monde.

Le retour à l’équilibre commercial entre les nations ne sera pas dû à la Pax Americana, qui impose sa monnaie fiduciaire, mais bien à la Pax Euroasiatica, qui offrira, libre d’impositions, l’adhésion spontanée du monde à l’or comme monnaie, comme cela a été le cas au cours de l’histoire.

L’or, grâce à sa qualité (et non à cause de sa rareté), a toujours été le roi des métaux. On comprend peu pourquoi il a occupé la place de monnaie suprême, suivi en seconde place par l’argent. L’or était la monnaie utilisée pour les grosses transactions, tandis que l’argent était le métal préféré pour la plupart des petites transactions effectuées par le peuple. Pourquoi cela ?

En voici la raison : de toutes les matières connues, l’or est celle qui perd le moins de sa valeur – presque imperceptiblement – lorsque sa quantité augmente dans les transactions commerciales. La diminution de son utilité marginale est presque imperceptible, quel que soit le volume. En d’autres termes, l’or conserve sa valeur, qu’il s’agisse d’une opération exigeant le paiement de seulement une once d’or, ou d’une opération exigeant le paiement de 100 000 onces. La dernière once – l’once marginale – après les premières 99 999 onces, vaut tout autant que la première once.

L’or est la seule matière dont la perte d’utilité marginale est pratiquement nulle. C’est la raison pour laquelle il est le roi des métaux, et qu’il a été la monnaie de référence pendant plusieurs siècles. Tout comme nous utilisons des multiples du mètre métallique pour mesurer les distances, l’or, grâce à sa qualité de posséder une utilité marginale pratiquement invariable, est la mesure idéale pour exprimer les prix de tout ce dont la valeur peut être quantifiée; en d’autres mots, l’or est le "numéraire" naturel du monde.

L’argent ne se comporte pas de la même manière. Il n’est pas adapté aux grosses transactions parce que, à mesure que la quantité d’argent offerte augmente, son utilité marginale décline un peu. Par exemple : quiconque voudrait acheter de l’or en offrant de l’argent en échange réaliserait que le prix, en termes d’argent, augmenterait avec la quantité d’or achetée; non pas parce que le prix de l’or augmente, mais bien parce que les unités d’argent offertes perdent une petite partie de leur valeur.

La Chine a accumulé une grande quantité d’or, ces dernières années, bien plus qu’elle ne le laisse entendre. Cela ne représenterait qu’une fraction du total d’or qu’elle détiendrait. Le prix de l’or à Shanghai est invariablement plus élevé que le prix de l’or en dollars à Londres. L’or du monde ne circule que dans une direction, de Londres vers Shanghai, et il ne retournera probablement jamais à Londres.

Pendant ce temps, pratiquement toute la production d’or et d’argent sort du Mexique à des prix ridiculement bas; ces prix sont manipulés par des opérations secrètes aux États-Unis et à Londres, afin de protéger le prestige du dollar et séduire les investisseurs avec de juteux profits pouvant être obtenus en investissant dans des titres spéculatifs libellés en dollars et autres devises.

La Banque centrale du Mexique (Banxico) déclare détenir environ cent tonnes d’or, mais seule une petite quantité de cet or a été identifiée à cet endroit, avec les numéros de série; la majeure partie des réserves d’or de Banxico fait partie d’agrégats d’or non alloué partagés entre plusieurs institutions, et il est possible que cet or ait déjà été hypothéqué une ou plusieurs fois par les institutions supposées en être les gardiens.

En 2016, le Mexique a produit 3,3 millions d’onces d’or, c'est-à-dire 102,76 tonnes, et l’on peut supposer que la production aurifère, dans les années à venir, oscillera aux alentours de cent tonnes par an. Comme avec l’argent, la production aurifère augmenterait fortement si le prix grimpait, car les gisements à plus faible teneur en or pourraient être exploités.

La production d’or du Mexique ne représente qu'un faible pourcentage du total mondial. Si Banxico adoptait la même politique que la Chine et conservait toute la production du Mexique, cela n’aurait presque pas de conséquences sur les marchés mondiaux. Par ailleurs, l'avantage pour Banxico de prendre une telle mesure serait d'anticiper l'avenir de l'or et l'effondrement du dollar, sans aucun bénéfice présent. Une proposition peu intéressante.

Mais intéressons-nous à l’argent.

Dans un avenir proche, la production d’or et d’argent du Mexique sera l'un des facteurs clés qui permettront au pays de se développer et de survivre à l’inévitable carnage qui accompagnera la mort du système monétaire actuel, basé sur le dollar américain.

En 2015, les mines mexicaines ont produit presque 190 millions d’onces Troy d’argent.

Les analystes du secteur minier anticipent un ralentissement de la production mondiale d’argent dans les prochaines années; cependant, leurs calculs sont basés sur l'hypothèse que le monde financier continuera de fonctionner sans changements majeurs, et ne prennent pas en compte la future augmentation significative du prix de l’argent. Une telle hausse du prix pourrait entraîner une plus grande production d’argent, parce que les minières pourront investir davantage dans l’extraction. Plusieurs filons d’argent dont la teneur en argent ne les rend pas exploitables au prix actuel entreraient alors en production.

Pour l'instant, nous pouvons projeter une production d'argent de la part du Mexique à 160 millions d'onces par an, en tenant compte de la tendance actuelle, qui est en déclin.

Le Mexique est le plus grand producteur d’argent. Qu’arriverait-il si le Mexique, suivant l’exemple de la Chine, décidait d’acheter tout l’argent produit pour les réserves de Banxico ? Ou la moitié… ou le quart de la production d’argent du Mexique ? M. Trump, ou la Fed, pourraient mal prendre l’achat d’importantes quantités d’argent par Banxico, mais les États-Unis ne puniraient probablement pas le Mexique s’il entamait un modeste programme d’accumulation d’argent pour les réserves de Banxico. Surtout si l’on tient compte du fait que la méga-banque privée JP Morgan possède – selon les estimations d’observateurs bien au fait de ses activités à New York – des quantités d’argent physique que l’on évalue entre 100 et 200 millions d’onces, et possiblement plus : une quantité similaire à la production annuelle d’argent du Mexique.

Le Mexique est le plus grand producteur d’argent. Si l’on soustrayait de la production mondiale d’argent, non pas 100% de la production mexicaine, mais seulement une petite fraction de celle-ci, cela provoquerait une hausse considérable du prix, pour deux raisons : Premièrement, lorsqu’une banque centrale adopte une telle mesure, les marchés y attribuent une grande importance; et, deuxièmement, toute soustraction de lingots d’argent des marchés aurait des répercussions disproportionnées sur son prix. Le prix de l’argent à New York est contrôlé au moyen d’énormes transactions d’achat/vente qui n'aboutissent qu’en très peu de livraison d’argent physique. Les mouvements d’argent physique dans l’investissement, si on les compare au volume d’achats/ventes, sont minimes, voire microscopiques (voir note 1). Donc, la soustraction d’une quantité relativement petite d’argent physique pourrait facilement faire doubler le prix – non seulement le prix de l’argent vendu par le Mexique sur les marchés étrangers, mais aussi la valeur des réserves d’argent détenues par Banxico, qui seraient entièrement liquides.

Le Mexique a le droit de défendre le prix de son argent – un actif non renouvelable – pour le bénéfice de l’industrie minière mexicaine et contre la manipulation exercée par les États-Unis, qui vise à maintenir le prix de l’argent déprimé.

Banxico achèterait l’argent des minières mexicaines et les paierait en pesos mexicains, pour l’équivalent du prix en dollars de l’argent acheté. Étant donné que les minières ont besoin de dollars pour satisfaire certaines exigences contractuelles et acheter de l’équipement et autres produits importés, cela ferait baisser les réserves de dollars de Banxico. En effet, Banxico échangerait une portion de ses réserves de dollars contre des réserves d’argent.

La contraction de la valeur des réserves de dollars du Mexique est due à la baisse de la devise américaine sur les marchés internationaux. En supposant que la valeur du dollar grimpe à nouveau, l’argent en réserves pourrait doubler en valeur, mais le dollar ne doublerait certainement pas, lui.

Voici une brève anecdote sur la manière dont la Chine a fait son entrée dans le commerce mondial au XVème siècle :

Au XVème siècle, la Chine était une puissance productive de toutes sortes de biens, avec une force productive beaucoup plus avancée que les Européens qui sont arrivés en Chine de l’Ouest, à la recherche d’opportunités de commerce. La réponse de l’empereur chinois à ces Européens fut de dire que la Chine avait tout ce dont elle avait besoin, et que les Européens n’avaient rien d’intéressant à offrir à la Chine. Il n’y avait donc aucune raison, à ce moment-là, que la Chine se lance dans des échanges commerciaux.

En 1564, l’Espagnol Andres de Urdaneta fit un voyage aux Philippines en partant de Barra de Navidad, un port du nord-ouest du Mexique, et découvrit une façon de revenir à Acapulco en naviguant des Philippines vers le nord-est, où les courants océaniques le menèrent en Amérique; il toucha terre à Cape Mendocino, qu’il baptisa en l’honneur du vice-roi du Mexique, Antonio de Mendoza.

À partir de là, les galions qui partaient pour les Philippines, d'abord de Barra de Navidad, et plus tard d’Acapulco, se mirent à transporter une denrée très intéressante pour les commerçants chinois aux Philippines : de l’argent mexicain ! En échange de l’argent, les Chinois étaient prêts à fournir toutes les marchandises désirées par les Espagnols pour leur voyage retour en Nouvelle-Espagne, comme le Mexique s’appelait à l’époque.

Ainsi débuta la participation de la Chine dans le commerce mondial, grâce à l’argent mexicain – frappé par la Monnaie mexicaine de Mexico, en "pièces de 8" qui, des années plus tard, devinrent la base pour le dollar américain, contenant 371,25 grains d’argent pur. Si je ne me trompe pas, les premiers dollars américains furent frappés par la Monnaie mexicaine, car la République américaine ne possédait toujours pas de Monnaie. Le peso mexicain d’argent a eu cours légal dans l’Ouest américain jusqu’en 1857. Et l’argent mexicain a circulé en Chine jusqu’en 1935 !

Grâce à l’argent, et au commerce avec la Chine qui a rendu cela possible, Mexico devint, dans les années où elle était une colonie espagnole, une des villes les plus riches du monde.

Je pense que l’argent frappé par notre Monnaie historique, maintenant sous le contrôle de Banxico, a un avenir prometteur dans le monde de demain : tout autant en Chine que dans d'autres pays désirant ardemment posséder ces pièces, et dont les importateurs seraient disposés à recevoir de l’argent en paiement de leurs exportations au Mexique… surtout parce que, lorsque la mort du système monétaire basé sur le dollar aura sonné, la valeur monétaire de nos onces d’argent sera à des multiples de sa valeur actuelle.

Le système monétaire mondial basé sur le dollar touche à sa fin. Une devise fiduciaire, telle que le dollar, ne peut pas être remplacée par une autre devise fiduciaire. Donc, le monde devra nécessairement revenir à l’or; et l’argent va certainement complémenter l’or en tant que monnaie mondiale, comme il l’a toujours fait à travers l’histoire. Il est probable que le bloc euro-asiatique soit celui qui initie cette transformation monétaire, quand le moment sera venu.

Nous ne pouvons pas savoir quelle configuration aura l’adoption de l’or comme monnaie mondiale, mais cela pourrait signifier que les nombreuses devises dans le monde représenteront, encore une fois, des quantités variables d’or. L’argent aura toujours de la valeur par rapport à l’or; cette valeur fluctuera mais la valeur de l’argent sera bien plus élevée qu’en ce moment. La fluctuation de la valeur de l’argent par rapport à l’or peut être réduite, mais elle est impossible à éliminer : l’ignorance de ce fait est la raison pour laquelle tous les standards bimétalliques se sont effondrés, jusqu’à présent.

En considérant tout cela, il est clair que Banxico ne se tromperait pas en achetant de l’argent pour ses réserves : elle se protègerait contre l’effondrement du dollar en tant que devise mondiale et, en même temps, elle encouragerait grandement l’industrie minière mexicaine, au bénéfice de l’économie nationale.

Si, en plus d’acheter de l’argent pour ses réserves, Banxico monétisait l’argent, en attribuant à la pièce d’argent une valeur monétaire supérieure à sa valeur intrinsèque, ajustable pour des augmentations du prix de l’argent, tout en laissant intacte la valeur monétaire en cas de chutes du prix de l’argent, elle appliquerait une mesure d’une importance capitale, qui encouragerait et protégerait les épargnes des familles mexicaines, une mesure qui, en même temps, produirait quelque chose d'une valeur inestimable : la pleine confiance des Mexicains en l’avenir brillant de leur pays. Une pièce d’argent mexicaine, monétisée selon notre programme, jouirait d'une forte demande des épargnants américains et, certainement, des épargnants du monde entier. Les épargnants garderaient ces pièces indéfiniment, évitant ainsi le retour de ces pièces au Mexique en échange de monnaie fiduciaire. Ainsi, la monétisation d’une pièce d’argent par Banxico créerait un produit d’exportation important pour le Mexique.

Je n’ai rien d’autre à ajouter que de réitérer ma croyance selon laquelle l’argent est étroitement lié au brillant avenir du Mexique.

Note (1) : "En multipliant les 159 milliards d’onces d’argent papier négociées en 2016 par le prix moyen de $17,14, nous obtenons le montant incroyable de $2270 milliards d’argent papier, contre $4,4 milliards en argent physique. Ainsi, le ratio entre l’argent papier négocié et l’investissement en argent physique est de 517:1…" (source : www.srsroccoreport.com).


Source originale: Plata


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