L’Union bancaire avance : pour la garantie des dépôts, ce sera chacun pour soi

Publié par Philippe Herlin | 3 mai 2018 | Articles

Comme l’indique La Tribune : "Emmanuel Macron souhaite la finalisation dès que possible de l'Union bancaire, un projet de gestion commune des faillites des banques, afin de tirer les enseignements de la crise de la dette en zone euro." Ah bon, mais pourquoi est-ce si urgent ? Le Président de la République possède-t-il des informations inquiétantes sur les banques françaises ? Quoi qu’il en soit, manque de chance pour lui, Angela Merkel a répété que "son pays était contre l'un des piliers de ce projet, la création d'un fonds européen de garantie bancaire des dépôts des particuliers", poursuit le quotidien économique.

Pour que ce soit bien clair, l’un des experts du parti de la chancelière a précisé qu’"il ne faut pas que l'épargnant allemand se retrouve garant des banques grecques et italiennes". Ou françaises, aurait-il pu ajouter, s’il avait été moins diplomate. Il va falloir se débrouiller avec nos petits biceps, en l’occurrence le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR), créé en 1999 et chargé de l'indemnisation des déposants en cas de faillite bancaire. Cet organisme affirme garantir les comptes courants et d'épargne jusqu'à 100.000 euros par client et par établissement.

Vraiment ? Voyons cela de plus près. Comme le précise cette page du site du FGDR, le système bancaire français totalise 7.927 milliards d’euros d’actifs, dont 2.723 milliards d’euros de dépôts des ménages, tandis que cette autre page explique que cet organisme possède 3,5 milliards d’euros de fonds propres pour assumer ses missions, soit 1 euro de garantie pour 2.264 euros d’actifs, ou pour 778 euros de dépôts. Un ratio ridicule en cas de crise bancaire et qui prouve que la garantie affichée de 100.000 euros relève de la plus pure illusion. On comprend l’empressement du Président Macron à s’adjoindre un fonds d’aide européen, mais c’est donc "nein".

Bien sûr, tous les comptes seraient impactés en cas de grave crise bancaire, même les plus modestes, comme nous l’avons montré à propos de la directive BRRD, qui légalise et organise la ponction des comptes des épargnants. Quant à l’assurance-vie, elle peut être bloquée en vertu de la loi Sapin 2.

La solution ne réside pas dans un hypothétique fonds de garantie étendu à l'échelle de l'Europe. Il sera toujours trop petit face à une crise financière, et ce procédé collectiviste déresponsabilise les états-majors bancaires et les dirigeants politiques. Non, il faut au contraire plus de responsabilités à tous les niveaux, il faut sortir de la logique « trop gros pour faire faillite », séparer, ou au moins filialiser, les activités de dépôt et celles de marché, faire la transparence sur les produits dérivés, augmenter les fonds propres. En prend-on le chemin ? Nullement. La conséquence est simple : c'est à chaque épargnant de prendre ses garanties et de ne surtout pas compter sur celles affichées par l'État. Le meilleur fonds de garantie, nous le savons, c'est l'or physique en premier et quelques actifs réels. Le FGDR, c'est juste une promesse de politicien.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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