Tout l’or du monde ne peut couvrir la dette des États-Unis

Publié par Egon Von Greyerz | 19 juin 2017 | Articles

La semaine dernière, nous avons eu un nouveau rappel de l’instabilité et des déséquilibres mondiaux. Au Royaume-Uni, la première ministre conservatrice, Theresa May, a décidé, il y a neuf semaines, de convoquer des élections législatives anticipées. Plus de 20 points séparaient le parti conservateur et ses rivaux du parti travailliste (Labour) dans les sondages et une victoire aurait renforcé sa position pour négocier le Brexit. Mais les choses n'ont pas tourné comme prévu. Une campagne extrêmement mal menée par Theresa May combinée à une campagne intelligente du leader du parti Labour, Corbyn, a fait que les conservateurs ont perdu leur majorité absolue au Parlement. Comme tous les socialistes, Corbyn a promis la lune, mais personne ne réalise que cela entraînera la faillite du pays. Les conservateurs dépendent maintenant d’un petit parti d’Irlande du nord et des conservateurs écossais. L’élection se termine dans le chaos politique, ce qui affaiblira le Royaume-Uni, déjà embourbé dans les dettes, un budget insoutenable et des déficits budgétaires. Mais les bureaucrates de l’Union européenne, menés par M. Junker, s’en délectent. Ils savent maintenant que Mme May, partisane d’un Brexit "hard", devra partir à un moment donné, et que l’UE sera en position de force pour un Brexit "soft", ou pas de Brexit du tout.

LES MONDIALISTES ET DEUS EX MACHINA

Malheureusement, les mondialistes ont encore gagné, comme ils l’ont fait aux Pays-Bas et en France. Les bureaucrates non élus et non redevables de Bruxelles sont aux anges. Ils peuvent maintenant continuer à gérer l’Europe de manière irresponsable, avec des frontières ouvertes laissant entrer tout le monde, avec une devise qui ne bénéficie qu’aux Allemands, et avec un système financier pourri à la base et totalement en faillite. Mais il n’y a pas que le système financier qui soit pourri… la plupart des principaux pays de l’Union européenne, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la France, le Royaume-Uni etc. le sont également. L’illustration de mon article "Deus ex Machina", écrit en décembre 2011, parle d’elle-même :

 

Illustration of EU collapse

 

Les événements ont peut-être mis un peu plus de temps que prévu à se dérouler, mais la tendance est irréversible. Les pays vont s’effondrer sous le poids de leur dette les uns après les autres, et pas seulement les pays européens – mais aussi la Chine, le Japon, les marchés émergents et les États-Unis, bien sûr.

QUI SERA REDEVABLE DU PASSIF total DE 2 500 000 MILLIARDS ?

Nous sommes à une époque où les événements exceptionnels seront la norme. Le monde n'a jamais été aussi éloigné d’un équilibre harmonieux. Les peuples seront finalement responsables des 2 500 000 milliards $ de produits dérivés de dettes et de passifs non capitalisés. Rien de tout cela ne sera remboursé, et cette somme astronomique augmentera de façon exponentielle à mesure que les gouvernements accéléreront leur création monétaire, dans une futile tentative de sauver le système. De l’autre côté de la balance, il y a une très petite élite, une fraction de 1%, qui détient la majeure partie des actifs mondiaux. Mais ils ne sont évidemment pas garants de cette dette créée afin que les riches puissent continuer à accroître leur capital sur le dos des gens ordinaires qui, en termes réels, voient leur situation s'empirer au fil des années.

LA POLITIQUE EST DEVENUE UNE FARCE, MEILLEURE QUE LES ÉMISSIONS DE TÉLÉ

Mais ce déséquilibre mondial n’est pas que financier; il est aussi moral, éthique et politique. Souvent, à la fin d’une époque, toutes les valeurs disparaissent et le côté le plus sombre de l’humanité apparaît. C'est que que nous observons aujourd'hui. La politique américaine est devenue une farce totale, meilleure que n'importe quelle émission dramatique. C'est une triste réalité qui a de sérieuses conséquences pour les États-Unis et le reste du monde. Cela n'entraînera pas seulement un désastre financier, mais également de graves problèmes politiques et géopolitiques. Ce n’est qu'après plusieurs années que les historiens sauront si le pic cyclique dans l’économie mondiale que nous expérimentons actuellement n’est que la fin de l’époque de cent ans, à partir de la création de la Fed en 1913, ou d’une époque de 700 ans, à partir de la Renaissance, ou encore de 2 000 ans, à partir le l’Empire romain.

Quel que soit le cycle dans lequel nous sommes, il débouchera sur une longue période de misère et de difficultés économiques. Étant donné que les 2,5 quadrillions $ de passifs ne pourront jamais être remboursés ou réduits, nous allons assister à une implosion de dette dévastatrice. Non seulement la dette implosera, mais aussi tous les actifs alimentés par la bulle de la dette. J’espère que cela ne durera pas 500 ans, comme après l’Empire romain. Mais le monde vivra probablement un long déclin qui nous affectera tous.

TOUT L’OR DU MONDE NE PEUT COUVRIR LA DETTE DES ÉTATS-UNIS

 

$20 trillion US debt in $100 bills

 

C’est principalement la politique monétaire désastreuse des États-Unis depuis 1913 qui a créé la plus grosse montagne de dette de l’histoire. Il n’est pas facile d’illustrer ce que représente vraiment 2,5 quadrillions $, mais nous pouvons commencer avec la dette fédérale américaine de 20 000 milliards $. L’image ci-dessus nous montre la taille de la dette américaine en billets de 100 $, comparée avec la statue de la Liberté. La statue repose sur un socle en or valant 20 000 milliards $. Le cube a des côtés de 30 mètres et pèse 500 000 tonnes. Il n’y a qu’un seul problème : il n’existe pas 500 000 tonnes d’or. Tout l’or jamais produit dans le monde est estimé à 170 000 tonnes.

Donc, si la dette des États-Unis était adossée à l’or, il faudrait trois fois plus d’or que ce qui n'a jamais été produit. Le général de Gaulle réclamait que la dette américaine envers la France soit payée en or, et c'est l'une des raisons pour lesquelles Nixon mit fin à l’adossement du dollar à l’or. Si nous regardons l’or nécessaire pour couvrir l'intégralité du passif de 2,5 quadrillions $, il en faudrait 125 fois plus, soit 62 millions de tonnes, ou 365 fois tout l’or existant. Si l’on revenait à l'étalon-or pour remplacer la monnaie fiduciaire sans valeur intrinsèque, il faudrait que l’or vaille 365 fois 1 270 $, soit 463 000 $. Ce prix est basé sur tout l’or existant dans le monde, incluant la joaillerie. Mais si l’on ne prend que l’or souverain, soit officiellement 30 000 tonnes sur lesquelles seraient basés les passifs mondiaux, le prix de l’or devrait être 5,7 fois plus élevé, à 2,6 millions $.

On pourrait dire qu’un adossement à l’or de 40% serait suffisant. Mais les banques centrales détiennent probablement bien moins que les 30 000 tonnes d’or physique annoncées officiellement. Tout ce qu’elles détiennent sont des créances des banques de négoce d’or, qui ont loué l’or des banques centrales et l’ont vendu à la Chine. En tenant compte de cela, le prix de 2,6 millions $ vaut toujours, même avec un adossement à l’or de 40%.

L’OR À 150 000 $ OU 2,6 MILLIONS $

Les passifs ne sont pas la même chose que la dette, et la dette mondiale n’atteint QUE 250 000 milliards $, mais je m’attends à ce que les banques centrales impriment au moins deux quadrillions de dollars pour couvrir tous les passifs et produits dérivés.

Non, je ne rêve pas. Je ne vois pas l'once d'or à 2,6 millions $, en monnaie d’aujourd’hui. Je veux juste prouver que, à force de passer de la monnaie véritable à la fausse monnaie, la valeur de la monnaie véritable (l’or) ne reflète d’aucune manière l’incessante création de papier-monnaie. Dans leur excellent rapport "In Gold we Trust", Ronni Stoeferle et Mark Valek démontrent qu'un prix de l’or entre 50 000 et 150 000 $ pourrait être justifié.

Le vrai prix (non manipulé) de l’or serait probablement à des multiples de son prix actuel, que ce soit 10 000, 150 000 ou 2,6 millions $.

L’OR, L’INVESTISSEMENT DU SIÈCLE

Peu de gens réalisent que l’or a été le meilleur investissement du siècle dans toutes les économies majeures. L’or en livres, par exemple, a été multiplié par 5,7 depuis 2000, tandis que le FTSE 100 n’a grimpé que de 8%. Il s’agit d’un rendement exceptionnel, ainsi que d’une ultime assurance pour protéger la richesse. Mais, évidemment, il doit s’agir d’or physique, stocké hors du système bancaire. Nous avons investi dans l’or en 2002 pour nos clients britanniques, à 200 £ l’once, et il est aujourd’hui à 1 000 £. Vu que nous étions inquiets pour la livre ainsi que pour l’économie britannique et mondiale, nous recommandions à l’époque d’allouer jusqu’à 50% de ses actifs dans l’or. Même avec un pourcentage bien plus faible, les investisseurs s’en sont bien tirés. Les investisseurs britanniques ont l'avantage unique de pouvoir acheter des pièces d’or Sovereign en étant exonéré de l'impôt sur les gains en capital.

 

Gold chart priced in Pound

 

Il n’existe pas de science pour déterminer quel pourcentage des actifs devrait être alloué à l’or. Je recommande aux investisseurs d'acheter assez d’or pour pouvoir se retourner en cas de sérieux problèmes dans le système financier.

Selon moi, 10% constitue un minimum absolu, mais l'idéal serait d'en détenir beaucoup plus. Nos clients croient fermement en la préservation de la richesse, c'est pourquoi la plupart d'entre eux ont au moins 25% de leurs actifs dans l' or.

Dans une économie hyper-inflationniste comme le Venezuela ou l’Argentine, l’or est une bouée de sauvetage, une nécessité pour ceux qui ont des fonds excédentaires. Mais pas besoin d'être riche pour détenir de l’or. Par exemple, pour 40 $, vous pouvez acheter un petit lingot d’un gramme par mois. Avec le temps, cette somme pourrait devenir importante, avec la montée de l’or et l’arrivée de la crise.

La période de six mois à venir, et surtout l’automne, devrait apporter son lot de secousses. Les investisseurs ne réalisent pas les risques qu’ils prennent en plaçant la majeure partie de leur argent dans des actifs ayant atteint des valorisations stratosphériques, qu’il s’agisse du marché boursier avec un ratio p/e de 30, ou des prix de l'immobilier dans une bulle, ou des obligations à 0%. Tous ces marchés d’actifs ne peuvent aller que dans une seule direction, vers le bas. Les investisseurs doivent éviter de croire qu’ils seront encore sauvés par les banques centrales. Le monde ne peut plus être sauvé et doit maintenant subir les conséquences des excès réalisés au cours des cent dernières années. Si un Deus ex Machina existait, il faudrait qu’il intervienne bientôt, mais, malheureusement, cela n’arrivera pas.


Source originale: Matterhorn - GoldSwitzerland


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Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

   

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