Pokémon GO et l’or

Publié par Egon Von Greyerz | 8 août 2016 | Articles

De l’or réel ou Pokémon GO ? Pour la plupart des gens, le choix est simple, puisque peu après son lancement, le jeu Pokémon GO (PG) compte déjà plus de 30 millions d’utilisateurs. Il y a longtemps que l’or n’a pas suscité autant d’intérêt, mais cela pourrait changer dans les quelques mois et années à venir. Il faut dire que l’or et PG ne sont pas en concurrence sur le même marché.

Dans le monde virtuel d’aujourd’hui, un nouveau jeu révolutionnaire suscitera toujours plus d’intérêt que l’or. Vu que l’or est une « relique barbare », comme l’appelait John Maynard Keynes, PG représente tout ce que le monde veut aujourd’hui, des fantasmes et des rêves. De plus, PG est tellement bien fait que les joueurs ne savent pas s’il s’agit de fiction ou de réalité. Ce qui différencie PG est que ce jeu est joué dans le monde réel, en se promenant avec le GPS de son téléphone mobile et en essayant de trouver des monstres virtuels comme Pikachu ou Jigglypuff qui se trouvent aux alentours de chez vous. Les joueurs partent à la chasse dans les rues et peuvent tomber sur de vraies voitures et clôtures.

Les gouvernements émettent des obligations virtuelles sans valeur

Dans plusieurs domaines de notre société, la frontière entre monde « réel » et réalité virtuelle est très floue. Dans le monde de l’investissement, la réalité virtuelle a, en grande partie, remplacé l’investissement dans les choses « réelles ». Notre monde est rempli de monnaie virtuelle, d’investissements virtuels, d’or virtuel et de richesse virtuelle. Auparavant, la monnaie était adossée à l’or, mais ce concept est totalement dépassé. Aujourd’hui, les gouvernements et banques centrales peuvent fabriquer toute la monnaie qu’ils veulent sans l’adosser sur quoi que ce soit. Ils impriment un morceau de papier qu’ils appellent monnaie et, simultanément, ils émettent un bout de papier qu’ils appellent une obligation gouvernementale ou un bon du Trésor. Au Royaume-Uni, ces obligations gouvernementales s’appellent des gilts (dorures), ce qui donne l’impression qu’elles sont adossées à de l’or. Mais, malheureusement, le seul or se trouve sur les bordures dorées de ces obligations. Les obligations gouvernementales sont des I.O.U. avec promesse de rembourser. Mais pratiquement tous les gouvernements mentent à leur population lorsqu’ils émettent ces obligations, parce qu’ils savent qu’elles ne seront jamais remboursées avec de la monnaie véritable. Ainsi les gouvernements arnaquent leur population avec le plus grand système de Ponzi de l’histoire, qui approche les 100 000 milliards $ à travers le monde.

Les gouvernements ne paieront jamais leurs dettes, car ils ont maintenant atteint un niveau où ils ne peuvent même plus se permettre de payer les intérêts sur ces obligations. Alors le rendement sur la plupart des titres gouvernementaux est soit de zéro, soit négatif. Il est totalement incompréhensible qu’un investisseur puisse acheter une obligation avec un rendement de zéro ou un taux d’intérêt négatif, et qui ne sera jamais remboursée. Pour citer Mark Twain :

“Je suis plus inquiet du retour de mon argent que du retour sur investissement de mon argent”

Une bulle de 1 500 000 milliards $

 

Les jeux comme Pokémon GO contribuent à rapprocher le monde virtuel encore plus du monde réel. C’est pourquoi les investisseurs achètent avec plaisir des ETF, des contrats à terme, ou de l’or-papier. Le plus grand pourcentage des investissements est virtuel, car il se fait dans des produits dérivés. Cela signifie que ces investissements ne sont pas basés sur des actifs sous-jacents, mais sont plutôt des morceaux de papier qui expireront probablement sans valeur dans les années à venir. En plus de la plupart des ETF, qui sont synthétiques, il y a entre 1 100 000 et 1 500 000 milliards $ en produits dérivés. La plupart de ces produits sont uniquement virtuels, ce qui signifie qu’ils n’ont pas de valeur réelle et qu’ils seront sans valeur à maturité. 

Les gouvernements impriment désespérément de la monnaie pour soutenir les marchés des actifs

Mais il n’y a pas que les marchés des ETF et des produits dérivés qui soient virtuels. Les marchés des actions et des obligations n'ont plus grand chose à voir avec la réalité. Les gouvernements du monde entier émettent des montants illimités de dette sans valeur pour supporter les marchés des actifs, y compris les actions et les obligations. Vu que les investisseurs se retirent des marchés boursiers, les gouvernements achètent des quantités croissantes d'actions et d'obligations. La Banque centrale européenne, ainsi que la Banque du Japon, poussent activement ces marchés à la hausse. La BoJ est une des dix premières détentrices de 90% des sociétés japonaises. Mais pire que cela, la BoJ est actuellement la seule acheteuse d'obligations japonaises et possède maintenant plus de 50% de toutes les obligations existantes. La BCE est aussi active sur la plupart des marchés des actifs et, par exemple, elle achète des obligations de société à hauteur de 400 millions € par jour. Vu que plusieurs grandes banques centrales soutiennent activement les marchés, plusieurs bourses touchent de nouveaux sommets. Cela explique pourquoi certaines valorisations atteignent des niveaux exorbitants. Le ratio cours/bénéfice de Schiller pour le S&P est maintenant de 27X. Cela est éloigné de la moyenne de 16,7X, ce qui signifie qu’il y a une surévaluation de 62%.

La helicopter money est déjà là

 

Ce soutient artificiel des marchés des actifs par les banques centrales a entraîné la plus grande croissance de leurs bilans depuis 2013. La Banque du Japon et la Banque centrale européenne ont crû plus rapidement que jamais lors de ces sept dernières années. Les banques centrales ne s’inquiètent pas du fait qu’elles achètent des actifs sans valeur et que, donc, elles ne rembourseront jamais leurs dettes.

La vieille expression de Bernanke, « helicopter money », est revenue à la mode. Étant donné l’état du monde, avec ses déficits et ses dettes record, et l’impossibilité de rembourser ces dettes, même à des taux d’intérêt de zéro ou négatifs, les banques centrales n’ont qu’une solution : plus d’impression monétaire et plus de dette. C’est là qu’arrive l’hélicoptère. Il suffit de larguer des quantités infinies de morceaux de papier imprimé sans valeur sur le monde, en croyant que cela règlera le problème, créé par de la dette au départ. Le problème est que le poids de tout ce papier entraînera l’écrasement des hélicoptères et fera imploser le système financier mondial. Mais avant cela, cette monnaie de singe, virtuelle, créera une période d’hyperinflation qui fera probablement pâlir la République de Weimar ou le Zimbabwe. Avant cela, nous verrons encore plus de surévaluation des actions boursières. Cela mènera aussi à l’effondrement des marchés d’obligations, avec des rendements atteignant des niveaux inimaginables.

L’or, une assurance-vie

Dans cette débâcle à venir sur les marchés financiers mondiaux et l’économie globale, l’or ne constitue pas un investissement, mais plutôt une assurance-vie pour les investisseurs et les épargnants contre un monde fragile et pourri. L’or physique ne fera pas que protéger contre la destruction de la monnaie-papier au cours de cette période d’hyperinflation à venir, mais il protégera également les investisseurs contre l’implosion déflationniste qui suivra. Car à ce moment-là, très peu de banques, ou aucune, ne survivront, et l’or sera la seule liquidité en attendant que le système financier ne ressuscite. 


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Tags : Or Économie

Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

   

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