Le Japon : un pays endetté à 10%

Publié par Richard Détente | 26 mars 2018 | Articles

Le Japon serait-il la première des grandes économies à ne pas avoir de dettes ?

 

 

Idées clés :

- Expliquer qu'un pays endetté auprès de lui-même et qui est en excédent extérieur n'est pas endetté et ne dépend pas des finances de l'étranger.

- L'argent ne disparaît pas ; il change de mains

- Lorsque l'on n’est pas dépendant de l'étranger, c'est plus simple pour les finances d'un pays.

- Poser doucement la question de la nature de la croissance tirée par la demande, façon Keynes...

- ... ou tirée par la productivité, façon JB Say (loi des débouchés).

 


Aujourd'hui, je vais vous parler d'un pays cher à mon cœur : le Japon.

Pour y avoir travaillé et vécu quelques mois, c'est un pays qui m'émerveille.

Houlà, attention, parce qu'au Japon, ça va mal.

250% d'endettement, une population vieillissante qui va se réduire d'un 1/3 jusqu'en 2050. Une déflation qui dure depuis environ 25 ans. 

Franchement, ça sent le début la fin...

Oui, enfin, le Japon c'est aussi un PIB de 5 000 mds $, soit plus de 2x celui de la France, et un taux de chômage de 2,4%, et une paix sociale qui fait pâlir d'envie tous nos politiques.

Je peux vous assurer que les Japonais ne rêvent pas spécialement d'être français.

Admettons, mais s'ils perdent 1/3 de leur population par le vieillissement et que le pays est peuplé de personnes âgées, je ne vois pas trop comment ça pourrait bien se passer ?

Justement, j'aimerais vous parler différemment de l'économie japonaise pour enrichir votre analyse économique de ce pays qui fait tant parler.

Déjà, repartons des fondamentaux économiques. Parlons de la dette faramineuse du Japon.

Déjà que les Grecs n'y sont pas arrivés à s'en sortir avec 180% d'endettement… alors les Japonais, à 250%, sont déjà vaporisés sans le savoir...

Pas si vite. Je vais te démontrer qu'en réalité, la dette du Japon est d’environ 10%.

Tu fais de la magie, maintenant ?

La première brique pour comprendre ça, c'est de garder en tête que l'argent ne disparaît jamais.

Lorsque Pierre achète une action à Paul pour 100 € et qu'il la lui revend pour 90 € parce que le prix a baissé…

Alors oui, Pierre a perdu 10€.

Mais, au global, les 100 € de départ existent toujours dans le système. Il y a 90 € dans la poche de Pierre et 10 € dans la poche de Paul.

Pour une dette, c'est pareil.

Si je t'emprunte 100 € et que je les dépense chez mon buraliste en tickets à gratter, et que je ne gagne pas, j'aurai "perdu" tes 100 € au profit du buraliste. Les 100 € sont toujours là.

D'accord, c'est rigolo, mais c'est quoi, le rapport avec la dette Japonaise ?

On dit souvent que le Japon est endetté à environ 95% auprès des Japonais eux-mêmes.

Que se passe-t-il si le Japon ne rembourse pas sa dette ?

Alors, si je reprends l'exemple : M. Yamamoto a prêté 1 000 Y à l'État japonais. Donc, admettons que l'État japonais dépense cet argent n'importe comment en jeux à gratter pour ses fonctionnaires.

Du coup, l'argent de M. Yamamoto va à l'État, pour ensuite aller dans la poche de Mme Suziki, qui est buraliste.

L'État japonais est endetté mais, en fait, aucun argent n'a disparu du pays.

Bravo. Tu viens de démontrer que le Japon n'est endetté qu'à hauteur des dettes détenues par les étrangers. Donc, seulement 5% de la dette du Japon constitue une dette réelle au niveau du pays. Et 5% de la dette japonaise totale, ça fait un peu plus de 10% du PIB du Japon.

Mais attends, le Japon, c'est une île, donc ils doivent importer plein de choses et, à ce moment-là, lorsque Mme SUZUKI, la buraliste, achète du pain, il aura fallu importer de la farine de Russie, donc une partie de l’argent de la dette quitte le pays.

Donc, j'en déduis qu'il faut voir ce qui sort et qui rentre du Japon...

De ce point de vue, la situation du Japon est juste idéale.

En France, nous sommes constamment en déficit depuis de nombreuses années vis-à-vis de nos échanges divers et variés avec l'étranger. On appelle ça la balance des paiements. On perd en général quelques dizaines de mds € par an.

Par contre, le Japon est constamment en excédent depuis 1980. Allez, en moyenne, on va dire qu’ils gagnent à peu près 100 mds $ par an.

Donc, là où la France envoie chaque année 2% de son PIB à l’étranger, le Japon est financé par les étrangers à hauteur de 2% de son PIB. Ce n’est pas la même dynamique…

Pour enfoncer le clou, le Japon est aussi le premier créancier au monde. C'est au Japon que le monde doit le plus d'argent.

C'est pour ça que le Japon est vu par beaucoup d'investisseurs comme une valeur sûre.

D'accord, mais la croissance économique est bien tirée par la consommation intérieure. Pas de consommation intérieure, pas de PIB.

Du coup, avec une population vieillissante et en réduction, je ne vois pas comment ils pourraient s’enrichir.

Alors là, je ne te cache pas qu'il y a deux écoles :

Il y a ceux qui pensent, comme tu le dis, que c'est la consommation des ménages qui pousse la croissance économique par la demande en produits à consommer. 

Nous dirons qu'on se rapproche de la pensée Keynésienne, pour faire vite.

Et puis, il y a ceux qui pensent que c'est l'augmentation de la productivité (l'offre) qui permet de mettre sur le marché des biens et des services moins chers et innovants. Du coup, les gens en veulent, et c'est ça qui serait à l'origine de la fameuse croissance.

Là, on est plutôt sur la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, pour ceux que ça intéresse.

Donc, comme dirait Olivier Delamarche, la question est de savoir si c'est le chien qui remue la queue ou la queue qui remue le chien...

Petite parenthèse, juste pour préciser. Augmenter la productivité, c'est réaliser plus de travail avec autant de moyens. Genre quand un paysan passe de la charrue à la moissonneuse, sa productivité augmente parce que, pour travailler le même champs, il va passer beaucoup moins de temps.

Tout à fait, et la question n'est pas forcément simple à trancher puisqu'au final, la consommation, la productivité et la croissance peuvent toutes les 3 évoluer ensemble. Savoir qui cause quoi n'est pas simple à démontrer.

Du coup, dans un cas ou dans l'autre, pour le Japon, ça va se passer comment ?

Dans le premier cas, si c'est bien la demande qui dirige la croissance, alors le Japon va s'effondrer sur lui-même, faute de consommateurs.

Dans le deuxième cas, ça pourrait être totalement l'inverse. Le Japon pourrait redevenir un pays très attractif.

Là, je ne comprends pas trop ; ils ont beau ne pas être endettés... ils vont en faire quoi, de leurs personnes âgées ? Et puis, qu'est-ce qui ferait augmenter leur productivité ?

Par sûr que le Yen ne redevienne pas la star des monnaies si les marchés comprenaient qu'il n'est adossé à aucune dette. Cela leur permettrait de pouvoir investir sans trop de problèmes.

Ensuite, pour les personnes âgées, il faut bien comprendre que le Japon, c'est en Asie, et pas en Occident.

Le Japon est un pays éthiquement très centré sur lui-même. Ils préfèrent que leur population diminue plutôt que de faire venir des étrangers.

La société japonaise est basée sur l'honneur et la honte qui va avec, ainsi que sur le collectif. Tout est organisé et pensé pour que tout le monde ait une place et soit au service des autres.

Le côté moins sympa de ça, c'est que tout le monde se surveille et qu'ils ne sont pas fans des étrangers qui, par définition, ne se reconnaissent pas naturellement comme faisant partie de ce collectif.

Ok, mais la population vieillissante, comment ils s'en sortent ?

En résumé, jamais la société japonaise ne laissera tomber ses personnes âgées et, en contrepartie, les personnes âgées feront leur maximum pour ne pas être un fardeau. Et j'exagère à peine.

Le Japon encaissera le choc démographique comme il encaisse les catastrophes naturelles ou nucléaires. En ordre et de façon collective.

Bon, admettons. Donc reste la question de la productivité qui doit soutenir l'économie. Quelles ressources a le Japon ?

Les Japonais sont des fourmis, pas des cigales. Ils bénéficient d'environ 2 500 mds $ d'investissements à l'étranger, ce qui leur permet de faire travailler l'économie des autres pays pour soutenir la leur.

Enfin, le Japon est à la pointe sur les secteurs technologiques d'avenir, robotique en tête.

Leur projet est de compenser la baisse démographique par une avancée technologique débordante, plutôt que par l'apport d'étrangers.

Du coup, on peut dire qu'ils sont très motivés pour réussir sur ces secteurs, car ils ont simplement parié leur avenir dessus.

Bon alors, tu achètes ou tu n'achètes pas le Japon ?

Prévoir l'avenir, ce n’est pas mon truc. Par contre, j'essaie d'être à l'écoute des opportunités. Et le Japon semble avoir les cartes en mains pour surprendre. Après 25 ans de déflation, le prix du Japon est bas ; donc ça vaut le coup de tenter sa chance.


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