L’invention la plus ingénieuse de l’histoire de la finance

Publié par Egon Von Greyerz | 28 mai 2018 | Articles

Nous sommes à la fin d’un voyage qui, aux yeux des futurs historiens, paraîtra aussi irréel que celui "d’Alice au pays des merveilles", du roman de Lewis Carroll. Alice appella le "Thé chez les fous" le goûter le plus stupide auquel elle n’ait jamais assisté. Les cent dernières années pourraient être considérées comme les plus folles de l’histoire. À la fin, la Reine de cœur se met à crier "Qu'on lui coupe la tête !", mais Alice n’a pas peur et les accuse de n'être "qu'un paquet de cartes", avant de se réveiller.

Bien que l'histoire ait été écrite il y a 150 ans, si Alice était tombée dans le terrier du lapin et était arrivée dans notre monde fantastique, elle aurait désigné les rois et reines d’aujourd’hui (connus aussi sous le nom de chefs de gouvernements et banquiers centraux) comme un "château géant de cartes".

Au fil des années, le goûter est devenu de plus en plus extravagant.

Qui paiera la facture du plus grand goûter de l’histoire ?

Le problème est qu’il n’y a personne pour payer la facture du goûter actuel, étant donné que le roi et la reine ont dû imprimer et emprunter 250 000 milliards $ pour payer l’encre de la planche à billet qui tourne à sec. Mais ce n'est pas tout. Ils ont créé beaucoup d’instruments financiers bizarres, à hauteur de 1,5 quadrillion $, en sachant qu’ils exploseraient un jour et causeraient une misère immense. Ils les ont appelé produits dérivés, afin que personne n'y comprenne rien. Enfin, ils ont promis des soins de santé et des retraites d’au moins 500 000 milliards $, en sachant qu’ils ne pourraient jamais les payer. Mais cela a permis de garder les gens heureux… jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’il ne s’agissait que d’une promesse vide.

Le goûter fut excellent. Le roi, la reine et leurs amis, les banquiers et 0,1% de la population, ont vécu dans l’opulence. Les gens ordinaires ignoraient totalement qu'ils étaient responsables de cette dette. Cela n’aurait rien changé s’ils l’avaient su, parce qu’ils n’auraient pu la rembourser.

L’invention la plus ingénieuse de l’histoire de la finance

Au cours des cent dernières années, le Pays des merveilles a progressivement manqué d'argent. La dette a commencé à augmenter beaucoup plus rapidement lorsqu’en 1971, le roi (Nixon) décida de remplacer l’or par de la monnaie-papier. Jusque là, toute la monnaie émise était adossée à l’or. Mais le roi, la reine et leurs amis banquiers ont adoré cette nouvelle ère, où ils n’étaient plus soumis à la discipline d’avoir un budget équilibré et pouvaient simplement imprimer des morceaux de papier qu’ils ont appelés "monnaie". Ce fut une grande période pour le roi, la reine et leurs amis proches. Vu qu’ils étaient en première ligne pour recevoir l’argent, qui avait encore de la valeur, ils pouvaient acheter ce qu’ils voulaient. Cette monnaie papier, une fois arrivée dans les mains des gens ordinaires, était déjà avilie et valait beaucoup moins. Les impôts ont dû passer de presque rien il y a cent ans, à 50% ou plus du revenu, en incluant toutes les taxes. Cela était nécessaire pour financer les dépenses déficitaires et payer les intérêts sur la dette.

Le roi et la reine récompensèrent généreusement leurs amis banquiers pour cette ingénieuse invention. Plutôt que d’utiliser de l’or, cher, comme monnaie, ils ont pu imprimer ce dont ils avaient besoin, à coûts nuls. Ils n’ont jamais compris qu'en imprimant de la monnaie à coûts nuls, cette monnaie n’a pas de valeur.

La deuxième plus ingénieuse invention de l’histoire de la finance

En fin de compte, il n'y avait même pas assez de recettes fiscales pour payer les intérêts sur les emprunts du pays. Afin de résoudre ce problème, les banquiers eurent une autre idée géniale : émettre de la dette et faire payer à la population les intérêts sur cette dette. Le roi et la reine trouvèrent l’idée fort séduisante, car cela signifiait qu’ils pouvaient émettre de la dette à volonté et ainsi grandement s'enrichir, ainsi que leurs amis, tandis que la population s'endetterait davantage.

Il s’agit de l’invention la plus ingénieuse des banquiers. Plus il y a d'argent, plus la nation emprunte, plus l'État reçoit d'intérêts. Personne n’avait pensé à cela auparavant : émettre de la dette et, au lieu de payer des intérêts dessus, en récolter. Cela signifie que l’État peut emprunter des sommes d’argent illimitées et, que plus il emprunte, plus il fait d’argent.

Ces deux inventions furent totalement révolutionnaires dans l’histoire de la finance. Premièrement, l’impression monétaire à coûts nuls et, deuxièmement, l’émission de dettes tout en étant rémunéré pour cela.

Ces inventions pourraient permettre au goûter (schème de Ponzi) de se poursuivre à jamais, ou au moins jusqu’à ce qu’un petit garçon ne fasse remarquer qu’il n’y a pas de thé dans la bouilloire, et que le château de cartes ne s’effondre.

Alice au pays des horreurs

C’est l'histoire extraordinaire qu’Alice aurait vécue dans ce Pays des merveilles moderne. Elle se serait vite rendu compte que cela allait se terminer en catastrophe et que, cette fois-ci, il ne s’agissait pas d’un rêve, mais bien d’une vraie histoire d’horreur. Ainsi, ce ne serait plus Alice au Pays des merveilles, mais plutôt Alice au Pays des horreurs.

Cela ne se terminera sans doute pas aussi joyeusement que dans le dernier vers du poème de Carroll :

Tous dans l'après-midi doré

Ainsi, naquit le conte du Pays des Merveilles
Ainsi, lentement, un par un
Les étranges événements se forgèrent.
Et le conte est achevé maintenant
Et vers la maison nous voguons, un joyeux équipage
Sous le soleil couchant.

Ce voyage-ci se terminera mal. Comme je l’ai écrit dans un article, il y a quelques années, seul Deus ex Machina pourrait sauver la situation, mais cela n’arrivera probablement pas.

une chance de passer un après-midi doré

Carroll a donné un indice subtil dans le titre de son poème, All in the Golden Afternoon (Tous dans l'après-midi doré). Lorsque le château de cartes s’effondrera, les actifs en bulle tels les actions, les obligations et l’immobilier perdront de 75 à 95% de leur valeur réelle, et les États étrangers et les banques feront défaut. Mais ceux qui se protègent avec de l’or physique et un peu d’argent-métal passeront un "après-midi doré". L’or est la seule monnaie à avoir survécu pendant plus de 5 000 ans, et il constitue donc l’actif ultime de protection de la richesse :

  • L’or physique est rare, et il ne peut être fabriqué ou imprimé
  • L’or est éternel – tout l’or produit existe toujours
  • L’or n’a pas de risque de contrepartie et il n’est pas la responsabilité d’un autre
  • L’or possède une liquidité instantanée
  • L’or a servi de monnaie d’échange à travers chaque période tendue de l’histoire

Si vous comprenez le risque et comprenez l’histoire, vous devez détenir de l’or.


Source originale: Matterhorn - GoldSwitzerland


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Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

   

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