Au secours, le FMI valide la ponction des comptes bancaires

Publié par Philippe Herlin | 16 oct. 2013 | Articles

La spoliation des comptes bancaires pour renflouer les banques qui s’est produite à Chypre en mars dernier ne constitue qu’une répétition générale, nous l’avions dit à l’époque. Nous savons aussi qu’une directive européenne se prépare pour mettre à contribution les dépôts de plus de 100.000 euros en cas de sauvetage bancaire dans un pays de la zone euro. Cette fois c’est le FMI qui évoque une solution comparable : une taxe de 10% sur l’épargne des ménages (de tous les ménages, pas seulement ceux au-dessus de 100.000 euros) pour diminuer la dette des Etats.

Dans son dernier rapport sur les finances publiques, le FMI envisage clairement cette solution (page 49). La dette publique des principaux Etats européens dépassant les 100% de leur PIB – une zone rouge – l’institution dirigée par Christine Lagarde envisage une taxe de 10% sur l’ensemble de l’épargne privée. Tout simplement. Un hold-up géant.

L’idée fait donc son chemin : il s’agit d’habituer les esprits. Les variantes sont secondaires, à Chypre il s’agissait de renflouer les banques, le FMI veut, lui, diminuer la dette des Etats, cela revient à peu près au même tant les Etats et les banques entretiennent des relations incestueuses (les banques européennes possèdent une grande proportion de la dette publique). Le FMI fait abstraction de la barrière des 100.000 euros, celle-ci n’est qu’un mirage pour les naïfs, elle ne tiendra évidemment pas en cas de crise, tout le monde sera touché. L’irresponsabilité est par contre partagée. L’Union européenne envisage-t-elle de démanteler ou de scinder les banques "too big to fail" de façon à diminuer le risque systémique ? Pas du tout. Le FMI suggère-t-il, en contrepartie, une cure d’amaigrissement des Etats et une obligation d’équilibrer leurs comptes ? Non plus. Il s’agit donc uniquement de boucher un trou qui continue à se creuser.

Cette spoliation de 10% de l’épargne que propose le FMI servirait uniquement à revenir au niveau de la dette publique par rapport au PIB de 2007, avant la crise. Mais déjà à cette époque la dette n’était pas loin de la zone rouge et la plupart des pays européens connaissait un déficit budgétaire. Tout ça pour ça ! Spolier les épargnants européens pour revenir quelques années en arrière, sans rien changer dans le fonctionnement du système financier et de la sphère publique.

Mais maintenant que cette idée de ponction générale de l’épargne est validée par l’une des plus prestigieuses institutions internationales, il faut s’attendre à ce qu’elle continue de mûrir dans le cerveau de ceux qui nous dirigent. Il faut en tirer toutes les conséquences : notre compte bancaire devient un endroit de moins en moins sûr. Que faire ? On sera incité à aller vers des actifs réels (qui échappent à cette taxe… mais pas aux impôts cependant) comme l’immobilier, les œuvres d’art, les terres agricoles, les matières premières... Et bien sûr l’or, l’actif le plus sûr, le plus simple et le plus liquide. Il faut commencer à y réfléchir dès maintenant, une fois que le couperet tombera, il sera trop tard.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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