Manipulation du prix de l’or : comment et pourquoi?

Publié par Goldbroker ™ | 20 janv. 2014 | Articles

Depuis le début de l'année, le sujet de la manipulation du cours de l'or commence à être abordé publiquement. Paul Craig Roberts, que j'ai pu interviewer sur le sujet, nous livre ici un nouvel article expliquant en détail pourquoi et comment le cours de l'or est manipulé. Cet article, traduit par l'équipe éditoriale de Goldbroker.com, présente à ce jour l'analyse la plus complète sur le sujet de la manipulation du cours de l'or. 

Lire également mon interview de James Rickards sur la manipulation des marchés de l'or et de l'argent.

 

La déréglementation du système financier pendant les mandats de Bill Clinton et George W. Bush a donné des résultats qui étaient prévisibles : la concentration financière et des comportements dangereux. Une poignée de banques sont dorénavant si grosses que les autorités financières les ont déclaré « trop grandes pour faire faillite », ou too big to fail (TBTF). N’ayant plus à respecter la discipline des marchés, les banques sont devenues des agents du gouvernement qui a besoin de création massive de nouvelle monnaie par la Réserve fédérale afin de soutenir, via les politiques d’assouplissement quantitatif (QE), le prix des instruments financiers figurant sur les bilans des banques, et pour financer à bas taux les déficits budgétaires fédéraux de plus de $1,000 milliards, déficits associés à la longue récession causée par la crise financière.

La politique de la Fed de monétiser $1,000 milliards d’obligations annuellement met la pression sur le dollar US, si on mesure sa valeur par rapport à l'or. Quand l’or a atteint $1,900 l’once en 2011, la Réserve fédérale réalisa qu’un prix de $2,000 l’once aurait un impact psychologique qui s’étendrait au taux de change du dollar par rapport aux autres devises, ce qui pourrait entrainer une sorte de bank run sur le dollar, car ses détenteurs, domestiques et étrangers, se mettraient à s’en débarrasser pour éviter d'être touché par sa perte de valeur. Une fois qu’ils comprirent cela, la manipulation du prix de l’or se développa au-delà des prêts d'or des banques centrales aux bullion banks (banques spécialisées dans le négoce de métaux précieux) afin de créer une offre artificielle sur les marchés pour absorber la demande qui, autrement, aurait poussé les prix de l’or encore plus haut. La Fed se sert des bullion banks comme agents pour effectuer des ventes à découvert à nues sur le COMEX, le marché des contrats à terme de New York. Ces ventes à découvert font descendre le prix de l’or et déclenchent des ordres de vente « stop » et des appels de marge, et effraient les participants aux fonds de placement dans l’or. Les bullion banks rachètent alors ces parts délaissées et demandent ensuite à ces fonds de convertir ces parts en or physique. Cet or peut ensuite être vendu sur le marché physique de Londres, où la vente permet à la fois d’obtenir le prix plus bas rendu possible par les ventes à découvert sur le COMEX tout en fournissant de l’or pour la demande asiatique qui, elle, est physique et non papier.

La manipulation du prix de l’or est évidente. Dans cet article, nous apportons des preuves et décrivons les procédés. Et nous concluons que la capacité à manipuler le prix de l’or diminue à mesure que l’or physique voyage de New York et Londres vers l’Asie, laissant les Occidentaux avec leurs demandes « papier » sur l'or qui dépassent largement l’offre disponible.

La majorité des activités de manipulation de la Fed se déroulent sur le COMEX, à New York, où le monde entier échange des contrats à terme sur l’or. Chaque contrat à terme représente un lingot de 100 onces d’or. Le COMEX est considéré comme un marché papier à cause de ces contrats à terme. Plusieurs grandes banques mondiales sont des membres-traders du COMEX : JP Morgan, HSBC et Bank of Nova Scotia en sont les principales, en volume de transactions. Ces contrats à terme sur l’or (et l’argent) se négocient comme dans un marché aux enchères dans la salle des transactions du COMEX, tous les jours ouvrables de 8h 20 à 13h, heure de New York. Ils s'échangent également sur ce qu’on appelle le GLOBEX, une plateforme électronique de trading utilisée pour les produits dérivés, les devises et les contrats à terme. Ce système fonctionne continuellement, sauf les week-ends. Quiconque, n’importe où dans le monde, a accès à une plateforme de trading de contrats à terme par ordinateur, peut accéder au système GLOBEX.

En plus d’intervenir sur le COMEX, la Fed manipule le prix de l’or sur le marché de Londres, un marché bien plus gros, en termes de volume de transactions total en dollars. Ce marché est le LBMA, pour London Bullion Marketing Association. Il est composé de plusieurs grandes banques, que l’on appelle bullion banks : Barclays, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Société Générale, Bank of Nova Scotia et UBS. Contrairement au COMEX qui est un marché d’ « or-papier », le LBMA est depuis des siècles la plateforme des transactions d’or physique. Quand de gros acheteurs comme les banques centrales, les grands fonds d’investissement ou certains riches investisseurs privés veulent acheter ou vendre une grande quantité d’or physique, ils le font sur le marché du LBMA.

L’opération de manipulation de l’or de la Fed demande d’exercer une forte pression à la baisse sur le prix de l’or en vendant une quantité massive contrats à terme sur l’or sur le COMEX, largués comme des bombes, soit dans la salle des transactions du COMEX durant les heures de trading, ou via le système GLOBEX. Un récent exemple a eu lieu le lundi 6 janvier 2014. Alors que le prix de l’or venait de connaître une remontée de plus de $15 sur les marchés asiatiques et européens, il plongea soudainement de $35 à 10h14. En moins de 60 secondes, plus de 12,000 contrats se sont échangés – ce qui représente environ 10% du volume entier d’une journée de trading de 23 heures. Il n’y avait aucune nouvelle, aucun événement, qui aurait pu déclencher cette augmentation soudaine et massive de vente de contrats à terme sur le COMEX qui a causé une chute extraordinaire du prix de l’or. Dans le même temps, aucun autre marché boursier (sauf celui de l’argent) n’a subi de mouvements de prix ou de volume. 12,000 contrats, cela représente 1,2 million d’onces d’or, une quantité qui dépasse trois fois la quantité totale d’or dans les entrepôts du COMEX pouvant être livrée aux acheteurs de ces contrats.

Cette manipulation de la Fed se matérialise également par des ventes à découvert de contrats à terme sur le COMEX "non couverts" par des quantités d’or physique. "Non couverts" signifie que ce sont des contrats qui sont vendus sans être adossés à de l’or physique pouvant être livrés si l’acheteur décidait d’en demander la livraison. Cela est connu sous le nom de ventes nues à découverts. L’exécution de ces opérations manipulatrices se fait via une des banques de transactions de contrats à terme comme JP Morgan, HSBC et Bank of Nova Scotia. Ce sont ces banques qui vendent pour la Fed. La manière dont la Fed largue de grandes quantités de contrats à terme sur le marché diffère de celle d’un trader normal qui voudrait se débarrasser d’une grosse position. Ce dernier essaierait de sortir de sa position en faisant attention, progressivement, dans le but de cacher ses intentions pour ne pas trop influencer le prix, afin de maximiser les profits ou minimiser les pertes. Au contraire, les ventes de la Fed laissent apparaitre l’intention de faire baisser le prix sans aucun regard pour la préservation de profits et sans peur de réaliser des pertes, parce que le but est d’infliger le plus de dommage possible au prix et d’intimider les acheteurs potentiels.

La Fed manipule aussi activement via la plateforme GLOBEX. Le marché GLOBEX est ponctué de périodes « calmes » durant lesquelles le volume de transactions est très faible. C’est durant ces périodes que les agents de la Fed bombardent le marché de quantités massives de contrats à terme sur l’or dans un très court laps de temps, dans le but de faire baisser le prix. Les banques savent qu’il n’y a pas beaucoup d’acheteurs durant ces périodes pour absorber les ventes. Cela fait baisser le prix plus violemment que si cette opération de vente se réalisait à des heures plus actives.

Un exemple probant de ce type d’intervention a eu lieu le 18 décembre 2013, immédiatement après que le FOMC (Federal Open Market Committee) ait annoncé sa décision de réduire ses achats d’obligations de $10 milliards par mois, à partir du 1 janvier 2014. Alors que toutes les autres Bourses étaient fermées, y compris le COMEX, une quantité massive de contrats à terme sur l'or du COMEX furent déversées sur le GLOBEX durant une de ses périodes calmes. Cette vente a fait descendre le prix de l’or de $23 en l’espace de deux heures. La vague suivante de ventes de contrats à terme eu lieu pendant la nuit, à 2h 30, heure de New York, le 19 décembre. Ce moment de la journée est une des périodes les moins actives des 23 heures de trading (tout trading est suspendu une heure par jour). Plus de 4,900 contrats représentant 14,5 tonnes d’or ont été déversés sur le GLOBEX en deux minutes, de 2h 40 à 2h 41, provoquant une chute de $24 du prix de l’or. Mais ce n’était pas encore la fin des ventes. Peu après l’ouverture du COMEX plus tard ce même matin, 1,654 contrats furent encore vendus, suivi peu de temps après par 2,295 contrats. Cela représentait 12,2 tonnes d’or. Et alors, à 10h, 2,530 contrats ont été déversé sur le marché, suivi d’encore 3,482 contrats moins de six minutes plus tard. Ces ventes s'élevaient à 18,7 tonnes d’or.

En tout, en six minutes sur une période de huit heures, une quantité totale de 37,6 tonnes métriques (environ 10% plus lourdes que les tonnes US) d’or en contrats à terme ont été vendues. Les contrats vendus durant ces six minutes ont représenté 10% du volume total échangé pendant les 23 heures de cette journée. Quatre dixièmes d’un pourcent de la journée de trading a produit 10% du volume total. L’or représenté par les contrats à terme vendus durant ces six minutes dépassait plusieurs fois la quantité d’or physique disponible sur le COMEX pour livraison.

L'objectif de cette baisse du prix de l’or était d’empêcher que l’annonce de la Fed de réduire ses achats d’obligations (le fameux tapering) ne pousse le dollar, ainsi que les marchés boursiers et obligataires, à la baisse. Les marchés ont compris que la liquidité amenée par l’assouplissement quantitatif, le QE, est la raison pour laquelle les prix des actions et des obligations sont élevés, et ils savent aussi que les gains provenant d’une Bourse en hausse découragent les achats d’or. Auparavant, quand la Fed avait mentionné qu’elle pourrait réduire ses achats d’obligations, la Bourse déclina et les obligations ont été vendues. Pour neutraliser la peur des marchés, la Fed a manipulé les marchés de l’or et les Bourses. (Lire l'explication de Pam Martens sur la manipulation des marchés boursiers) .

La manipulation du marché de l’or dure au minimum depuis le début du marché haussier de l’or, à la fin des années 2000, mais cette tendance de vente des contrats à terme à découvert s'est accélérée ces deux dernières années, pendant le déclin du prix de l’or depuis son pic de $1,900 de septembre 2011. Le prix de l'or est le plus régulièrement attaqué à certaines heures-clé de la période de trading de 23 heures du COMEX. Le plus souvent dès l’ouverture du COMEX, à 8h 20, heure de New York. Pour donner le ton, le prix de l’or est poussé à la baisse à l’ouverture du COMEX. Voici les autres heures où les contrats à terme sur l'or sont le plus vendues durant les périodes avec le moins de liquidités dans le système GLOBEX (heure de New York):

- 18h ((heure de NY), les jours de semaine, lorsque le GLOBEX ré-ouvre après une fermeture d’une heure;
- 18h (heure de NY), le dimanche, quand le GLOBEX ouvre pour la semaine;
- 2h30 (heure de NY), lorsque le Shanghai Gold Exchange ferme;
- 4h (heure de NY), tout de suite après le fixing de l'or du matin sur le LBMA, à Londres;
- 14h (heure de NY), tous les jours, mais surtout le vendredi, après la fermeture du floor du COMEX – on peut opérer seulement sur le GLOBEX, c’est un moment où il y a peu de liquidités, et les autres marchés sont encore fermés.

En plus de vendre des contrats à terme sur le COMEX pour faire descendre le prix de l’or, la Fed et ses agents, les bullion banks, vendent aussi, de façon intermittente, de grandes quantités d’or physique sur le marché londonien du LBMA. Le processus pour acheter et vendre de l’or physique est plus encombrant et compliqué que celui de la vente de contrats à terme. Quand une grande quantité d’or physique est déversée sur le marché londonien d’un coup, cela force le marché à la baisse beaucoup plus que ne peut le faire un montant équivalent de contrats à terme. Comme la disponibilité de grandes quantités d’or physique est très limitée, ces gros déversements d’or physique sont utilisés judicieusement, de manière sélective, et à des moments où l’effet escompté sur le marché sera le plus efficace.

L'objectif principal de ces ventes à découvert des contrats à terme sur le COMEX est de protéger la valeur du dollar de l’offre grandissante de dollars créés par la politique d’assouplissement quantitatif de la Fed. L’usage par la Fed du prêt d'or pour fournir de l’or au marché, afin de réduire le taux d’augmentation du prix de l’or, a drainé les réserves d’or de la Fed et crée une pénurie d’or physique. Historiquement, la plupart des gros acheteurs d’or ont toujours laissé leur or dans les coffres de la Fed, de la Banque d’Angleterre ou des bullion banks, plutôt que d’avoir à supporter les coûts de transfert de l'or dans des coffres situés dans leur pays. Cependant, d’autres gros acheteurs d’or, comme la Chine, exigent maintenant la livraison de l’or qu’ils achètent.

Les demandes pour livraison d’or ont nécessité l’utilisation de tactiques extraordinaires et, apparemment, illégales, pour obtenir de l’or physique pour régler des contrats à terme nécessitant livraison et être en mesure de livrer l’or acheté sur le LBMA. L’or pour livraison est obtenu à partir de transactions opaques de prêts d’or de la banque centrale, ou en « empruntant » de l’or de clients détenu par des bullion banks comme JP Morgan dans leurs coffres du LBMA, et en pillant dans les fonds d’or, comme le GLD, en achetant de nombreuses parts pour les convertir en or physique.

Le prêt d'or des banques centrales consiste à prendre de l’or dont elles ont la garde et de le prêter aux bullion banks. Les banques vendent cet or sur le marché physique de Londres. Ces opérations de prêts rendent disponible de l’or qui peut être livré aux acheteurs dans des quantités qui ne seraient pas disponibles aux prix existants. L’utilisation du prêt de l’or pour en manipuler le prix est devenu une pratique régulière dans les années ’90. Même si les banques centrales admettent être engagées dans ces opérations de prêt d’or, elles n’en admettent pas le but, qui est de modérer les hausses du prix de l’or, même si le président de la Fed, Alan Greenspan, a avoué, durant un témoignage devant le Congrès sur les produits dérivés en 1998, que « les banques centrales se tiennent prêtes à prêter de l’or en quantité importante si le prix grimpe ».

Une autre méthode pour obtenir de l’or à vendre ou à livrer est connue sous le nom de « ré-hypothécation » : une banque ou une maison de courtage « emprunte » les actifs de clients en garde chez elle. Techniquement, les clients de ces banques/maisons de courtage signent un accord en ouvrant un compte dans laquelle il est dit que les actifs dans le compte pourraient être mis en collatéral pour des prêts, comme des prêts sur marge. Mais les banques prennent alors ces actifs et s’en servent pour leurs propres intérêts, au lieu de ceux des clients. C’est cela, la ré-hypothécation. Même si les banques centrales rendent publique leurs activités de prêt, les banques/maisons de courtage ne communiquent pas sur les détails de la ré-hypothécation.

Tout au long de ce marché haussier de l’or de treize ans, le prêt de l’or et les opérations de ré-hypothécation ont vidé une grande partie de l’or des réserves de la Réserve fédérale, de la Banque d’Angleterre, de la Banque centrale européenne, et des bullion banks telles JP Morgan Chase. La diminution des réserves d’or commença à causer problème quand le Vénézuéla devint le premier pays à rapatrier tout son or détenu par les banques centrales étrangères, principalement par la Fed et la Banque d’Angleterre. La demande du Vénézuéla fut provoquée par des rumeurs circulant sur les marchés selon lesquelles l’or était prêté et hypothéqué en quantités de plus en plus grandes. Environ un an plus tard, l’Allemagne a fait une requête similaire. La Fed refusa d’honorer la demande de l’Allemagne et négocia un rapatriement sur sept ans de 300 des 1,500 tonnes que l’Allemagne possède. Cela a prouvé que la Fed n’a tout simplement pas l’or qu’elle est supposée détenir pour l’Allemagne.

Pourquoi la Fed a-t-elle besoin de sept ans pour rendre 20% de l’or de l’Allemagne? La réponse est que la Fed ne peut pas livrer cet or car elle ne l'a pas dans ses coffres. En 2011, cela prit quatre mois pour rendre au Venezuela ses 160 tonnes d’or. Il semble évident que l’or n’était pas disponible et devait être emprunté, peut-être de clients privés qui ne se doutent pas que leur or détenu en fiducie puisse être utilisé.

Les banques centrales Occidentales ont poussé le système de réserves fractionnaires d’or à un tel point quelles n’ont pas assez de réserves pour couvrir les retraits. Le système bancaire de réserve fractionnaire a été crée quand des orfèvres du Moyen-Âge se rendirent compte que les détenteurs d’or entreposé dans leurs coffres le retiraient rarement. Ceux qui avaient de l’or en dépôt faisaient circuler des réclamations papier sur cet or. Ce qui permit aux orfèvres de prêter de l’or qu’ils n’avaient pas en émettant des reçus de papier. C’est ce que la Fed a fait. La Fed a créé des réclamations papier pour faire baisser le prix de l’or. Ces réclamations représentent plusieurs fois la quantité d’or disponible pour livraison. La Royal Bank of India rapporte que les réclamations papier sont 93 fois supérieures à la quantité d’or disponible pour livraison.

Les systèmes de réserves fractionnaires craquent quand trop de déposants ou détenteurs de réclamations papier en demandent livraison ou conversion. Une cassure est en train d'avoir lieu dans les opérations de réserves fractionnaires d’or . Ces dernières années, les marchés asiatiques – spécifiquement et spécialement les Chinois – exigent la livraison immédiate des lingots qu’ils achètent. Cela a poussé la Fed, le Trésor et les bullion banks, à utiliser tous les moyens possibles pour se débarrasser du plus grand nombre de mains « faibles » possible, afin d’acquérir de l’or physique qui puisse être livré aux acheteurs asiatiques.

Le déclin de $650 du prix de l’or depuis son pic de $1,900 en septembre 2011 est le fruit d’un effort commun de manipulation pour, à la fois, protéger le dollar US de l’assouplissement quantitatif (QE) et libérer assez d’or pour satisfaire les demandes de livraison d'o physique des asiatiques.

À peu près à la même période que la chute important du prix de l’or en avril 2013, les comptes publics de la Banque d’Angleterre ont démontré une baisse de 1,300 tonnes dans les stocks d’or du pays. Cela n’a pas été nié, ni expliqué, par les officiels de la Banque d’Angleterre, malgré la publication de plusieurs enquêtes. Cet or était gardé mais n’appartenait pas à la Banque d’Angleterre. La vérité est que ces 1,300 tonnes d’or ont servi à satisfaire les demandes de livraison des gros acheteurs asiatiques. C’est une chose, pour la Fed ou la Banque d’Angleterre, que de vendre, prêter ou ré-hypothéquer de l’or gardé dans leurs coffres, en sachant que son ou ses propriétaires ne le réclameront pas pendant un certain temps, mais c’en est une autre de faire défaut sur une livraison d’or exigée par les Asiatiques.

Un seul défaut sur livraison d’or acheté mettrait fin à la capacité de la Fed à manipuler le prix de l’or. Le monde entier réaliserait que la demande pour l’or excède largement l’offre, et le prix de l’or exploserait à la hausse. La Réserve fédérale perdrait le contrôle et devrait abandonner ses assouplissements quantitatifs (QE). Autrement, la valeur d’échange du dollar s’effondrerait, amenant la fin de l’hégémonie américaine sur le monde.

En avril dernier, la dernière poussée à la baisse du prix de l’or débuta quand Goldman Sachs émit un rapport d’ « analyse technique » avec une cible de $850 l’once (l’once s'échangeait alors autour de $1,650). Goldman Sachs a aussi laissé savoir à toutes les grandes maisons de courtage et hedge funds de New York que le prix de l’or allait baisser fortement et a poussé les brokers à conseiller à leurs clients de se débarrasser de tout leur or physique et/ou de leurs parts dans des trusts d’or physique comme le GLD ou le CEF. Le GLD et le CEF sont des fonds qui achètent de l’or/argent physique et émettent des parts qui représentent des réclamations sur le métal détenu. Les parts sont vendues en tant qu’investissement dans l’or, mais elles représentent des réclamations qui ne peuvent être converties qu’en très grands blocs de parts, comme 100,000, et peut-être seulement par les bullion banks. Le GLD est le plus grand ETF d’or, mais pas le seul. Le but de l’annonce de Goldman Sachs était de faire augmenter les ventes d’or, magnifiant ainsi l’effet des ventes short de contrats à terme. Les fortes ventes de contrats à terme ont fait baisser le prix de l’or et ont forcé d’autres détenteurs à vendre leurs parts de GLD et des autres ETF, parts qui ont été rachetées par les bullion banks et converties en or.

Début 2013, le GLD possédait 1,350 tonnes d’or. Le 12 avril, quand les grosses opérations de manipulation débutèrent, le GLD possédait 1,154 tonnes. Après la série de raids successifs en avril, la sortie du GLD s'accéléra et, aujourd'hui, il ne reste que 793 tonnes. En un peu plus d’un an, plus de 41% des lingots d’or détenus par le GLD ont été déplacés – la plupart après les interventions de la mi-avril.

De plus, la Banque d’Angleterre a rendu son or disponible pour que les bullion banks puissent l’acheter afin d’augmenter leur capacité de livraison d’or aux clients asiatiques.

La presse financière, habituée à discréditer l’or comme assurance contre l’impression monétaire, prétend que le déclin de l’or physique détenu par le GLD constitue une indication que le public rejette l’or comme investissement. En fait, la manipulation à la baisse du prix de l’or est conçue systématiquement pour inciter les détenteurs du GLD à se débarrasser de leurs parts. Cela permet aux bullion banks d’accumuler la quantité nécessaire de parts du GLD pour les convertir et envoyer cet or en Asie pour pouvoir satisfaire les demandes massives de livraison. Par exemple, dans l’événement décrit plus haut du 6 janvier, 14% du volume total du GLD pour la journée s'est échangé en une minute, commençant à 10h 24. Le volume total de transactions du GLD pour la journée a été de 35% supérieur à la moyenne des dix jours de trading précédents.

Avant 2013, la quantité d’or dans les entrepôts du GLD constituait un des plus grands stocks d’or au monde. Le déclin marqué des inventaires d’or du GLD constitue l’indicateur le plus éloquent de la pénurie grandissante d’or physique pouvant être livré sur le marché asiatique et à d’autres gros acheteurs d’or physique. Et, plus le prix de l’or est poussé à la baisse sur le marché-papier de l’Ouest, plus la demande asiatique pour le métal physique augmente sur les marchés asiatiques. De plus, plusieurs autres plus petits ETF ont eu des retraits d’or similaires. En incluant les plus de cent tonnes disparues des entrepôts du COMEX, plus de 1,000 tonnes d’or ont disparu des ETF et des banques l’an passé. Et encore, on ne peut savoir combien d’or détenu dans les coffres privées des bullion banks pour de riches investisseurs a été ré-hypothéqué. Tout cet or a été déplacé afin d’éviter un défaut de livraison sur les demandes des acheteurs asiatiques, qu’il s’agisse d’acheteurs commerciaux, d’investisseurs ou des fonds souverains.

La Réserve fédérale semble être prise au piège. La Fed crée approximativement 1,000 milliards de nouveaux dollars US annuellement afin de supporter le prix des produits dérivés reliés à la dette dans les bilans des banques « trop grandes pour faire faillite », les TBTF, et afin de financer le déficit budgétaire fédéral, qui est maintenant trop élevé pour être financé par le recyclage des surplus commerciaux de la Chine et de l’OPEP en dette du Trésor américain. Le problème avec l’assouplissement quantitatif est que la création annuelle d’une énorme quantité de nouveaux dollars fait sourciller les détenteurs, américains et étrangers, de vastes quantités d’instruments financiers libellés en dollars US. Ils voient leurs réserves en dollars diluées par la création de nouveaux dollars, qui ne sont pas créés à cause d’une augmentation de la richesse ou du PIB, et pour lesquels il n’y a pas de demande.

Le QE constitue une menace pour la valeur d’échange du dollar. Craignant que la dévalorisation du dollar par rapport à l’or puisse s’étendre dans les marchés de change et déprécier le dollar, la Réserve fédérale a décidé d’utiliser des méthodes plus extrêmes pour manipuler le prix de l’or.

Quand l’or a atteint $1,900, la Réserve fédérale paniqua. La manipulation du prix de l’or devint plus intense. Il devint de plus en plus indispensable de faire baisser le prix... mais ce prix plus bas fit que la demande asiatique augmenta, avec de moins en moins d’or pour satisfaire cette demande.

En ayant émis plus de réclamations-papier sur l’or qu’il y a de l’or physique, la Fed s’est servie de ses bullion banks pour vider l’or des ETF afin d’éviter des défauts de livraison pour l’Asie. Un seul défaut de livraison ferait s’effondrer le système fractionnaire d’or qui permet à la Fed de faire baisser le prix de l’or et de protéger le dollar du QE.

La banque centrale américaine laisse toute intégrité et légalité de côté afin de servir une poignée de banques, auxquelles la dé-réglementation financière a permis de devenir « too big to fail », aux dépens de notre économie et de notre monnaie. Quand la Fed n’aura plus d’or à emprunter, ré-hypothéquer, ou à voler des ETF, elle devra abandonner son QE, sinon le dollar US s’effondrera et, avec lui, le pouvoir de Washington d’exercer son hégémonie sur le monde.


Source originale: Paulcraigroberts


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