Élections, Target 2 : l’euro au bord de l’explosion ?

Publié par Philippe Herlin | 30 mars 2017 | Articles

L’élection présidentielle française renforce les craintes pesant sur l’euro, "Le spectre d’une victoire de Marine Le Pen hante toujours les investisseurs", titre Les Echos le 27 mars. Dans l’article, un banquier affirme : "Le programme de sortie de la zone euro pourrait avoir un impact monstrueux. La sortie de la France de la zone euro mettrait sans doute un terme au projet de la devise euro. Ce ne serait pas marginal, mais systémique."

Une rencontre a eu lieu début mars entre plusieurs grands gérants d’actifs et un des économistes du FN, Philippe Murer. Ils en sont ressortis "abasourdis" selon le Journal du dimanche. Un banquier témoigne : "Il nous a dit que, si la France sort, cela fera exploser la zone euro ; qu'afin d'empêcher une sortie massive de capitaux, le gouvernement suivra les transferts d'argent où qu'ils aillent pour les convertir en nouveaux francs ; ou encore que le cas argentin était un exemple à suivre. Ah? Quand le peso argentin s'est effondré en 2001, les investisseurs se sont précipités pour investir mais les épargnants ont été ruinés." Passer de l’euro au franc constitue déjà un choc systémique, mais instaurer un contrôle des changes inquisitoire et faire tourner la planche à billets davantage que la BCE pour financer des dépenses en hausses (cet "économiste" chiffre la transition énergétique à 1.600 milliards !), voilà qui risque de mener la France sur la voie du Venezuela. Les investisseurs et les épargnants ont de quoi s’inquiéter.

Ce scénario peut-il se produire ? Selon UBS Wealth Management, la probabilité que Marine Le Pen remporte l'élection est de 40% ! D’autres banques l’estiment plutôt entre 10 et 20%, rapporte Les Echos. Selon un chercheur au CNRS, qui avait prédit la victoire de Donald Trump dès l’été 2016, la candidate du FN peut l’emporter. Ceci dit, entre les déclarations de campagne et l’exercice du pouvoir, le retour à la réalité peut s’avérer brutal, et parfois salvateur.

Un autre risque politique pèse sur l’euro : il s’agit des élections générales en Italie, dont la date n’est pas encore fixée, mais qui auront lieu avant février 2018. Le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo s’affiche en tête dans les sondages, et il défend la sortie de l’euro ! Une sortie de la France ou de l’Italie mettrait à bas le projet de monnaie unique, avec tous les troubles qu’un tel événement pourrait générer.

Ceci dit, l’euro peut très bien exploser tout seul, sans l’aide d’aucun pays, et cela à cause de sa conception même. Car l’euro n’est pas une vraie monnaie unique mais une monnaie hybride. En effet la création de la Banque centrale européenne (BCE) ne s’est pas accompagnée de la disparition des banques centrales nationales, ou de leur transformation en filiales régionales, elle s’y est superposée. L’ensemble forme le Système européen de banques centrales (SEBC) et des compensations financières ont lieu entres elles. Chacun peut le constater en prenant les billets dans son portefeuille : le numéro de série commence par une lettre, et il y a de forte chance que ce soit le U si l’on se trouve en France, le S en Italie, le X en Allemagne, etc. (liste complète)

Concrètement, quand un Italien achète une Mercedes, in fine cela se traduit par une créance de la Banque centrale allemande (Buba) sur la Banque centrale italienne. Ainsi l’Allemagne exportatrice se retrouve avec des créances énormes et croissantes sur les pays du sud, qui eux, accumulent les dettes. Il s’agit de la balance "Target 2"; retenez ce nom, il fera un jour la une de l’actualité. Cette balance se déséquilibre de plus en plus : l’Allemagne détient une créance globale record de 814 milliards d’euros, l’Italie une dette de 365 milliards d’euros (la France est presque à l’équilibre). Si l’Italie décidait de quitter l’euro, elle refuserait de s’acquitter de cette somme et ce serait autant de perdu pour le système financier allemand… Voici la bombe à fragmentation qui loge au cœur de la monnaie européenne.

Quoi qu’il arrive (élections imprévues ou accident financier), l’euro court un risque réel d’explosion. La protection ne sera pas l’éventuel nouveau franc ou la nouvelle lire, si ces monnaies sont manipulées par les pouvoirs en place, comme cela semble se dessiner; ce sera l’or physique, que chaque épargnant en soit bien conscient.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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