Échec du référendum suisse sur l’or, quels enseignements ?

Publié par Philippe Herlin | 4 déc. 2014 | Articles

Le rejet est clair et net, les Suisses ont voté contre l’initiative sur l’or à 77,3%. Rappelons que ce référendum imposait trois contraintes : l’obligation pour la Banque Nationale Suisse (BNS) de détenir au moins 20% de ses actifs sous forme d’or, l’interdiction de toute vente d’or, et le retour de l’or stocké à l’étranger sur le territoire national. L’approbation de "l’initiative sur l’or" aurait constitué un véritable coup de tonnerre, un virage complet par rapport aux politiques monétaires laxistes menées en Suisse, en Europe avec la BCE, aux Etats-Unis et au Japon. Malheureusement ce ne sera pas le cas, essayons de comprendre pourquoi.

Tout d’abord les autorités gouvernementales et le président de la BNS, la plupart des partis politiques et des médias s’y sont fermement opposés, ce qui rendait dès le départ la tâche difficile. Mais ne rejetons pas l’intégralité de l’échec sur l’extérieur, examinons le référendum lui-même. Une question qui se divise en trois conditions, ce n’est pas simple, d’autant que deux d’entre elles peuvent entrer en contradiction : détenir au moins 20% de son bilan en or et en interdire toute revente, cela veut dire qu’en cas de forte hausse de son cours, la part de l’or passera à 30%, 40% ou plus du bilan, sans possibilité de faire diminuer ce chiffre. Et puis pourquoi 20% et pas 15% ou 30% ? On aborde ici des questions complexes, incompatibles avec un référendum. Autre élément important : pour atteindre ces 20%, la BNS aurait été obligée d’acheter pour 70 milliards de francs suisses d’or (1500 à 1800 tonnes) et les Suisses n’aiment vraiment pas voter pour des dépenses ! Plus fondamentalement, le référendum prônait sans le dire un retour à l’étalon-or, ou plutôt un simili-étalon-or puisque, pour le coup, le chiffre de 20% aurait été un peu faible. Eh bien il aurait fallu le dire ! Mais ça n’aurait rien changé, la prise de conscience n’existe pas.

Ce que signifie cet échec est limpide : il faudra une crise pour que les gens comprennent. Un débat sur des questions monétaires demeure abstrait, il ne peut pas remplacer l’expérience concrète. Dans ce domaine on peut compter sur la BNS qui s’est réjouie de l’échec du référendum et a réaffirmé qu’elle peut donc "poursuivre aux mêmes conditions que jusqu'ici sa politique monétaire" dont "le cours plancher (1€ = 1,20CHF) en demeure l'instrument central". Elle a réaffirmé sa "détermination requise" et "à cette fin, elle est prête à acheter des devises en quantité illimitée." Et vive la planche à billets "illimitée", merci pour cet aveu.

Une suggestion pour les défenseurs suisses de l’or en : laissez tomber la BNS, visez plus modeste et plus concret en défendant l’idée de l’or comme monnaie complémentaire. Les monnaies complémentaires sont à la mode, d’ailleurs la plus ancienne est née en Suisse, en 1934, il s’agit du WIR, une monnaie interentreprises. Le principal obstacle est levé puisqu’il n’existe pas de taxe à l’achat et à la vente d’or sur le territoire de la confédération helvétique. Il faudrait ensuite pouvoir librement utiliser les pièces de 20 francs-or et en frapper de nouvelles du même poids que chacun pourrait acquérir et utiliser pour des transactions (ainsi que les lingots). Il n’y a certainement même pas besoin d’un référendum pour faire tout cela. Le franc suisse resterait la monnaie légale mais l’or circulerait à côté, à partir du moment où l’acheteur et le vendeur le souhaiteraient. L’or entrerait en concurrence avec le franc suisse et prendrait d’autant plus de place que les gens lui accorderaient leur confiance… Voici une approche concrète du problème, plus susceptible de convaincre.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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