Les dirigeants des banques centrales mènent la danse, pour l’instant

Publié par Philippe Herlin | 10 déc. 2015 | Articles

C’est presque un non-événement, mais il a déclenché un mini-krach sur les marchés : le 3 décembre, le président de la BCE Mario Draghi n’a rien annoncé de spécial lors de sa conférence de presse. Mais les marchés attendaient une nouvelle importante : la déception a été à la hauteur de l’attente. Qu’espéraient ardemment les intervenants sur les marchés ? Un super-QE : la BCE injecte déjà 60 milliards d’euros tous les mois, ils rêvaient qu’elle monte à 80 ou 90 milliards…

Faut-il que les marchés soient drogués aux injections monétaires pour dévisser à ce point ! S’il fallait une preuve que les actions progressent (timidement) ou se maintiennent uniquement par la grâce des banques centrales et certainement pas par la bonne santé de l’économie, la voici.

Mario Draghi annoncera finalement des mesures d’une importance moindre mais qu’il faut tout de même noter : le QE sera prolongé de septembre 2016 à mars 2017, soit six mois de plus correspondant à 360 milliards d’euros supplémentaires tout de même (et les marchés font la fine bouche !). D’autre part les remboursements d’emprunts arrivant à échéance seront réinvestis dans le QE (ce qui fait qu’il dépassera quelque peu les 60 milliards mensuels). Enfin la BCE acquerra également des emprunts émis par des collectivités locales, parce que ceux émis par les Etats ne suffisent plus à son appétit (preuve que le QE ne peut de toute façon pas beaucoup augmenter sans déséquilibrer gravement le marché obligataire).

L’information cruciale à retenir, c’est que la BCE croit à son QE et qu’elle le maintient et le prolonge, en attendant peut être de l’augmenter un jour. Cette nouvelle est tragique. Car pendant ce temps-là les taux demeurent à zéro ou même négatifs, ce qui a pour effet de décourager l’épargne, de réduire les revenus des épargnants ou de les pousser à s’investir sur des actifs risqués. Par ailleurs les taux à zéro ou presque réduisent considérablement les coûts de financement de la dette ce qui n’incite pas les Etats à réduire leurs déficits. Enfin les secteurs de la banque et de l’assurance se retrouvent dans leurs bilans avec des engagements à taux faibles, ce qui les expose à des dépréciations meurtrières en cas de remontée inopinée des taux. Tous ces dangers, les marchés ne les ont pas encore vraiment intégrés, et lorsqu’ils surgiront, il sera trop tard.

En attendant, ce sont les dirigeants de la BCE, de la Fed, de la BoJ et de quelques autres banques centrales qui mènent la danse. Pour l’instant ces dirigeants maîtrisent leurs agendas, leurs déclarations sont scrutées à la virgule près, les marchés sont pendus à leurs lèvres, les médias font des "live-tweet" de leurs interventions : ils sont le centre du monde. Mais vu les risques qui s’accumulent, sur les marchés et dans les bilans des institutions financières, vu l’inefficacité foncière de leurs QE, nous pouvons raisonnablement penser qu’un jour il en ira autrement : la défiance s’installera, les communiqués tomberont à plat, et la tornade qui s’ensuivra emportera tout. A qui se fier si la parole des banques centrales perd sa crédibilité ? Ce sera la grande débandade. Ce temps n’est pas encore venu, mais cette comédie va un jour s’interrompre brutalement.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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