Crise italienne : Italexit, populisme et faillite

Publié par Richard Détente | 30 mai 2018 | Articles 1271

Assistons-nous à une crise italienne ponctuelle ou à un changement de cap décidé par le peuple ? Peut-on comparer le cas de l'Italie avec le cas Grecque ?

 

 

Idées clés :

- On fait le point sur la crise politique en Italie.
- Quelle est la situation de l'Italie en Europe.
- Quelles sont les risques/conséquences d'un "Italexit".
 


Tous les médias parlent de la crise politique en Italie, les mots dramatiques s'enchaînent dans les médias, comme Italexit, victoire du populisme, faillite de l'Italie etc.

Mais est-ce une crise ou un changement de cap demandé par le peuple italien ?

Et puis économiquement, c'est quoi, l'Italie ? Quel est son poids en Europe ? Quels sont ses difficultés et ses atouts ?

Je vous propose de prendre du recul pour mieux comprendre l'actualité.

Vendredi 9 mars, dans un Flash actu, je vous expliquais que les deux principaux partis eurosceptiques/contestaires avaient gagné les élections. Il se trouve qu'aujourd'hui ces deux partis se sont mis d'accord sur un projet de gouvernement centré sur leur principal point commun : vouloir renégocier les termes du contrat européen.

Alors, ça y est, l'Italie sort de l'euro et va faire échouer l'Europe ?

Pas encore, puisque le président italien, qui est une sorte de reine d'Angleterre surboostée, a exercé sa capacité à tout bloquer, ce qui va très probablement avoir pour effet de renvoyer les Italiens à une nouvelle élection.

D'accord, ils vont gagner du temps, mais quel est le plan après ça ?

Concrètement, je pense qu'il n'y a pas de plan. Le président Matarella est issu de la génération politique italienne pro Europe, et il se débat comme il peut avec une situation qu'il doit vivre comme son pire cauchemar.

À mon avis, les électeurs italiens risquent de prendre très mal que "l'incarnation du pouvoir en place" ne respecte par leur vote, et il est très probable que les partis eurosceptiques confortent leur position, quitte, cette fois, à faire émerger un seul parti plutôt que deux.

On a vu ce que ça a donné en Grèce. Les costumes-cravate vont débarquer, expliquer à l'Italie que ça ne va pas se passer comme ça, et ils mettront en place l'austérité, tout ça, tout ça… On l'a déjà vu.

Pas si vite. Précisons les choses. 

Certes, les Allemands sont furieux, et ils commencent sérieusement à expliquer à qui veut l'entendre que l'Europe, on paie ou on la quitte.

Mais l'Italie n'est pas la Grèce.

La Grèce est un tout petit PIB en Europe d'environ 200 milliards €, tandis que l'Italie c'est plutôt dans les 1 700 milliards. Pour rappel, la France c'est 2 200 mds €.

Donc là, quand on parle de 1/6e du PIB de la zone euro, les conséquences ne sont pas les mêmes.

Pourquoi donc ?

Car tout est interconnecté. Les banques, le tissu économique, tout !

Du coup, si une chute du PIB de la Grèce n'a fait aucun dégât sur les économies du Nord, si on faisait la même chose à l'Italie, les économies française et allemande prendraient sérieusement du plomb dans l'aile.

Et je ne parle pas du système bancaire.

Charles Gave a rapporté une phrase très parlante d'un grand patron allemand : "Nous torturons les Grecs pour que les Italiens entendent leurs cris".

Au-delà de la bienveillance débordante de cette phrase, cela traduit également une inquiétude de la part des Allemands que l'Italie rentre dans une crise contestataire, car les pertes seraient alors très lourdes pour l'Allemagne.

Comment ça ?

Au sein de l'Europe il y a une balance des paiements, une sorte d'ardoise entre les pays de la zone euro pour faire simple. C'est le fameux système TARGET 2, dont j'ai détaillé le fonctionnement dans cet épisode avec Charles Gave.

Au sein de cette comptabilité entre pays, on voit que l'Italie doit environ 450 mds € au reste de l'Europe. En réalité, la quasi-totalité est due à l'Allemagne. Donc, s'il prenait l'envie aux Italiens de sortir de l'euro sans payer la facture, cela poserait de gros problèmes aux Allemands.

Dans l'absolu, le problème ne serait pas insoluble, mais toute solution pour résoudre une telle crise remettrait probablement en cause l'existence de l'euro, voire de l'Europe, en passant par la stabilité du système bancaire, bien évidemment.

Oui, mais les Italiens ne peuvent pas trop la ramener, car ils sont très endettés, tout de même. Du coup, sortir de l'euro ferait remonter les taux d'intérêt de leur dette et ils se retrouveraient sans le sou, comme disait mon grand-père.

Tout le monde sait que l'indépendance commence par l'indépendance financière.

Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas si vrai. 

Il y a un dicton qui dit que si je te dois 10 €, j'ai un problème, mais si je te dois 1 000 000 € c'est toi qui as un problème.

Mouais...

Regarde. La dette Italienne représente, en gros, 130% de son PIB, donc si elle divise sa dette par deux, elle revient à un niveau soutenable.

Je te fais le discours : "Monsieur le créancier, je vais sortir de l'euro et retourner à la lire. Je vais décréter que la lire vaut deux fois moins cher qu'un euro et je vous rembourse en lire italienne."

C'est possible ça ? Ça s'appelle une faillite, non ?

Pas du tout. Il y a même un principe de droit international qui s'appelle la lex monetae, qui dit que la dette d'un État est libellée dans sa propre monnaie. 

Diviser la valeur de sa monnaie par deux, ça s'appelle dévaluer sa monnaie. C'est bête comme choux.

La seule conséquence est que ce que les Italiens achèteront à l'étranger coûtera plus cher. Donc ils seront effectivement plus pauvres. 

Mais, en contrepartie, ils se seront débarrassés de la moitié de leur dette.

Mais du coup, personne ne leur prêtera plus d'argent et ce sera la spirale infernale. La descente aux enfers.

Pas forcément. D'abord, l'Italie a très longtemps fonctionné comme ça. Ce n'est pas pour rien qu'il y avait des billets de 10 000 lires.
Du coup, l'Italie avait une industrie locale plutôt bonne. Un bon petit tissu de PME et, pour les Européens, c'était une destination de vacances pas cher.

Puis, pourquoi ils ne trouveraient personne pour leur prêter de l'argent ?

L'Italie endettée à 130% c'est probablement un mauvais pari, mais si sa dette tombe à 65%, du coup, la dette italienne redevient intéressante.
La finance ne fait pas spécialement de sentiments ou de procès moral.

Attends, à t'entendre, on a l'impression que ce n'est pas grave et que ce serait même souhaitable. À la télé, ils ne disent pas ça. Ils sont tous flippés.

Bon, déjà, il y a des biais idéologiques. À la télé, il n'y a quasiment que des intervenants pro-Europe, alors que, personnellement, je suis plutôt détendu sur le sujet. Je commente l'économie, mais pour l'instant, à part mon kit anti crise gratuit, je n'ai rien à vendre et je ne rends de comptes à personne.

Ensuite, pour être honnête, l'Italie a quand même perdu 20% de sa production industrielle depuis son entrée dans l'euro; donc, si elle sort de l'euro, ces 20% de production industrielle ne vont pas lui pousser dans la nuit.

Autrement dit, les Italiens vivraient quelques années plutôt pas sympas.

Ce serait un appauvrissement immédiat, mais si les Italiens sont partants et motivés pour un projet national différent, c'est leur choix.

Enfin, oui, les taux d'intérêt remonteraient pour l'Italie.

Historiquement, l'Italie était plutôt à 5% qu'à 2% comme aujourd'hui, donc ils subiraient aussi probablement une forme de régime forcé par les marchés de la dette.

Mais là encore, ils seraient souverains et libres de s'en sortir comme ils le souhaitent sans rendre à l'Europe.

Donc, c'est vraiment leur choix.

Tout ce que je dis, c'est que les pays européens voisins ne pourront pas se permettre le luxe de torturer l'Italie, car cela deviendra très vite insupportable pour eux-mêmes.

Oui, et puis, torturer les gens, ce n'est pas génial. On peut aussi se séparer en restant bon voisins.

Personnellement, c'est ce que je souhaite. Si les Italiens veulent quitter l'euro, alors il faudrait discuter pour que cela se fasse en bon ordre. Mais quand on voit comment se passe le Brexit, malheureusement, ça ne rend pas optimiste, tant la stratégie consiste à mettre les bâtons dans les roues des Anglais.

En conclusion alors : Ça craint ou ça ne craint pas ?

Les risques sont multiples et les inconnus sont nombreux, donc oui, il vaut mieux sortir les parapluies et rendre son patrimoine le plus résilient possible.

Ça tombe bien, car j'ai sorti la deuxième partie de mon kit anti crise financière sur l'or physique, et le mode d'emploi pour tout savoir en termes de fiscalité, d'offre commerciales disponibles etc. Le kit est téléchargeable gratuitement ici.


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