Chaque travailleur américain doit 1,5 million de dollars

Publié par Egon Von Greyerz | 15 nov. 2017 | Articles

Aux États-Unis, les salaires diminuent, le déficit commercial atteint son plus haut niveau depuis 10 ans, la dette s’envole, ainsi que les actions, et le gouvernement américain est encore parvenu à publier un certain nombre de chiffres contradictoires sur l'emploi qui n'ont aucun sens.

UN CONSOMMATEUR CONFIANT… MAIS SANS EMPLOI

 

Le sentiment des consommateurs américains est au plus haut depuis 13 ans. En même temps, les chiffres de l’enquête d’octobre sur l’emploi des ménages aux États-Unis montrent une baisse de 484 000, alors que la population active a diminué de 765 000. Mais grâce à la manipulation de ces chiffres, la masse salariale du mois d'octobre a augmenté de 261 000, et le taux de chômage a décliné, de 4,2% à 4%. Le taux de participation au travail est revenu au niveau de 1977, avec seulement 62% de la population qui travaille ou cherche un emploi.

Comment peut-on croire ces chiffres qui nous disent que la masse salariale a augmenté et que le chômage a diminué alors que l'emploi et la population active ont considérablement diminué ? Il s’agit sûrement d’un pur fantasme.

 

 

Le taux de participation au travail a baissé, de 67% en 1999, à 62% actuellement. Le problème avec les statistiques américaines sur le travail est qu’elles ne tiennent pas compte des 95,4 millions de personnes, un niveau record, qui sont aptes au travail mais qui ne travaillent pas. La main-d’œuvre apte au travail, aux États-Unis, est de 256 millions. Parmi eux, seuls 161 millions travaillent ou cherchent activement du travail.

Ainsi, les 95,4 millions de personnes sans emploi, dont beaucoup ont renoncé à chercher un emploi, représentent 36 % de toutes les personnes aptes au travail. Avec moins de gens qui travaillent et un salaire moyen réel en baisse depuis 1975, il est difficile de comprendre comment les Américains peuvent être si optimistes.

 

LE CONSOMMATEUR CONFIANT NE FAIT PLUS DE SHOPPING

 

Après un récent voyage aux États-Unis, j'ai du mal à saisir pourquoi le consommateur américain n'a jamais été aussi optimiste depuis 13 ans. J’ai visité quelques centres commerciaux, dont celui de Boca Raton (Floride), dans lequel se trouvent toutes les grandes chaînes, en plus des chaînes spécialisées. Boca est une ville aisée, mais presque toutes les boutiques étaient vides, avec beaucoup de personnel qui se tournait les pouces. Le seul magasin rempli était celui d’Apple. Le magasin Microsoft était aussi entièrement vide. La situation de la vente au détail aux États-Unis est clairement désastreuse, avec cinq fois plus de surfaces commerciales par personne qu’au Royaume-Uni, un pays déjà aux prises avec ce phénomène. Avec 6 700 fermetures prévues, pour le moment, en 2017, cette industrie est en pleine hémorragie.

Les ventes au détail sont pénalisées par la baisse du revenu disponible réel et le développement de la vente en ligne. La valorisation d’Amazon semble ridicule, mais elle est peut-être justifiée, étant donné que cette société aura éventuellement un monopole total dans plusieurs secteurs du commerce de détail, à l'exception de certaines chaînes spécialisées comme la mode sans marque.

LES ÉTATS-UNIS CONTINUENT DE VIVRE AU-DESSUS DE LEURS MOYENS

 

Mais le problème n'est pas seulement la vente au détail. Le déficit commercial américain continue de grimper en flèche et atteint aujourd'hui 750 milliards de dollars annualisés, soit le pire depuis 2007. Les dépenses réelles de construction déclinent aussi, et elles sont les plus faibles depuis 2011.

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

 

Soit les Américains sont induits en erreur par les sommets des actions dans la bulle boursière ou par la propagande gouvernementale que les médias, sans analyse, se contentent de publier comme des faits, même si tout cela est illusion comme dans Alice au pays des merveilles. Ou peut-être que les chiffres haussiers du sentiment des consommateurs sont tout aussi faux que la plupart des chiffres produits par le gouvernement. Comment le taux de chômage officiel peut-il être de 4 % alors que selon une analyse exacte de John Williams (Shadowstatistics), il est de 22 % ?

Comme le Premier ministre britannique Disraeli l’a déclaré, "il y a les mensonges, les satanés mensonges, et les statistiques". Mais les marchés adorent ces mensonges, car ils continuent de faire grimper les valorisations de façon exponentielle, qu’il s’agisse des FAANG ou des crypto-devises.

CHAQUE TRAVAILLEUR AMÉRICAIN DOIT 1,5 MILLIONS $

Les 154 millions d'américains actifs sont responsables de la dette totale des États-Unis, qui atteint aujourd'hui 70 000 milliards $. Cela exclut les passifs non capitalisés de 120 000 à 200 000 milliards $, qui doivent être capitalisés.

Mais si l'on prend uniquement la dette de 70 000 milliards $, cela représente 454 000 $ de dette pour chaque personne qui travaille. En ajoutant le passif non capitalisé, cela donne une dette de 1,2 à 1,7 million $ par citoyen américain actif. Vu que le travailleur américain moyen est à un chèque de paie de la faillite, il n’est guère en mesure de payer entre 454 000 et 1,7 million $ avec un salaire annuel brut moyen inférieur à 50 000 $. Si chaque travailleur américain remboursait la dette avec son salaire brut, cela prendrait 50 ans, en incluant les intérêts et l’inflation. Mais l’Américain moyen ne pourrait même pas se permettre d’allouer 10% de son salaire au remboursement de la dette et des passifs. Les Américains ne pourraient même pas se permettre un plan de remboursement sur 500 ans.

Mais les États-Unis ne sont pas les seuls. Le Japon et plusieurs pays européens sont dans la même situation. La dette mondiale ne pourra jamais être remboursée. Lorsque les taux d’intérêt grimperont à 10, 15, 20%, ce qui est fort probable, le système financier implosera.

LES ÉLÉPHANTS VOLERONT

Tout le monde sait que les États-Unis, comme le reste du monde, sont en faillite. Mais cela n'inquiète personne, puisque les marchés boursiers et le sentiment des consommateurs sont au plus haut. Chaque nouveau président des États-Unis ou de la Fed espère que rien ne se passera sous son mandat. En attendant, ils impriment le plus d'argent possible pour transmettre le colis à leurs successeurs.

Mais à un moment donné, la musique arrêtera et quelqu’un sera coincé avec le colis. Et ce colis contient le montant total de la dette et du passif, incluant les produits dérivés, de 2 quadrillions $. Quiconque se retrouve avec un tel cadeau empoisonné se mettra à imprimer des quadrilllions de monnaie… ou peut-être émettra-t-il une crypto-devise adossée aux DTS. Peut-être qu'à ce moment-là, le monde évaluera les 21 millions de bitcoins à 95 millions de dollars chacun. Cela permettrait de régler la dette de 2 quadrillions de dollars. À ce stade, nous verrons probablement les éléphants voler et bien d'autres miracles.

LES CHIFFRES NE CONCORDENT TOUT SIMPLEMENT PAS

Les besoins mondiaux de financement ne riment vraiment pas avec les banques centrales qui veulent réduire la liquidité mondiale de 2 000 milliards $ d’ici la fin de 2018, et plus par la suite. L'effondrement imminent des marchés actions et obligataires, qui devrait débuter en 2018,  obligera les banques centrales à prendre un virage important. Mais à ce moment-là, la liquidité supplémentaire n'aura aucun effet. Le monde aura alors atteint un point où l'impression de monnaie fiduciaire sans valeur n’aura plus aucun effet. Et pourquoi devrait-elle en avoir ? Si l’impression monétaire pouvait créer de la richesse réelle, personne n’aurait besoin de travailler.

LE PLUS GROS HEDGE FUND AU MONDE

La Fed, bien sûr, n’est pas la seule banque centrale à mener une politique monétaire désastreuse. La Banque nationale suisse (BNS), autrefois un bastion de sécurité et de conservatisme, est maintenant le plus grand fonds spéculatif au monde. Le bilan de la BNS continue d’exploser, et il a grimpé de 9% en 2017, en date de la fin septembre.

La totalité des actifs de la BNS s'élève maintenant à 813 milliards CHF (ou dollars). Cela représente 123% du PIB suisse et, sur une base relative, c’est plus important que la Banque de Chypre au moment de sa faillite.

Les positions en devises étrangères représentent 760 milliards CHF. Une partie de ces 760 milliards, 90 milliards CHF, sont en actions, pour la plupart américaines, telles Apple, Alphabet (Google), Microsoft, Facebook et Amazon. 670 milliards CHF sont consacrés à la spéculation sur les devises, principalement l'euro et le dollar. Avec la montée des actions et l'affaiblissement du franc suisse par rapport à l'euro et au dollar, la BNS a obtenu de bons résultats en 2017. Mais elle ne réussira probablement pas à sortir de ses positions lorsque les actions, l’euro et le dollar s’effondreront, ce qui créera des pertes massives et encore plus d’impression monétaire. Le franc suisse sera alors en concurrence avec d'autres monnaies majeures dans la course vers le bas.

Il n'est pas étonnant de voir les actions monter quand la plupart des banques centrales, y compris la BCE, la BNS et la Banque du Japon, impriment des masses de fausse monnaie et achètent des milliards de dollars d'actions. Leurs actions devraient être considérées comme criminelles, mais les banques centrales sont au-dessus des lois, comme de nombreux banquiers d’investissement américains.

AU BORD DU PRÉCIPICE

Nous sommes au bord du précipice et il suffirait de pas grand-chose pour faire tomber tout le monde. Comme en 1929 ou en 1987, cela viendra de nulle part, sans que personne ne soit préparé ou n'ait le temps de réagir. Étant donné que les marchés, pendant des décennies, ont été sauvés par l’impression monétaire des banques centrales, les investisseurs verront tout d’abord ce déclin comme une opportunité d’achat. Mais toute injection de liquidité par les banques centrales n’aura qu’un effet à très court terme. La chute à venir sera de la même ampleur et l'inverse des mouvements exponentiels dont j'ai parlé dans mon article de la semaine dernière.

Avec la plupart des marchés à des sommets, l’achat d’or est modéré dans plusieurs pays comme les États-Unis. Il est difficile, pour les investisseurs, de ne pas céder aux sirènes des actions et des crypto-devises qui s’envolent. Mais les achats d’or en Allemagne sont très solides. Comme d’habitude, la Russie et l’Orient continuent d’absorber une grande partie de l’or recyclé et de la production minière aurifère, quel que soit le prix.

Lorsque la confiance tournera et que la peur reviendra sur les marchés d'ici 2018, l’or et l’argent s’envoleront. En raison du manque d'approvisionnement, très peu d'investisseurs pourront se procurer de l'or et de l'argent physique. Pour les rares qui auront alors la chance d'acquérir des métaux précieux, ce sera à des prix bien supérieurs aux prix actuels. C’est maintenant qu’il faut penser à la préservation de richesse et acheter une assurance, pendant que l’on peut encore trouver de l’or ou de l’argent physique à bas prix. À un moment donné, la montée des prix de l’or et de l’argent fera pâlir l’envolée actuelle du Bitcoin.

Être à la traîne serait une erreur fatale.


Source originale: Matterhorn - GoldSwitzerland


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Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

   

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