La bombe à retardement de l’Union bancaire : les Eurocrates autorisent les bail-outs ET les bail-ins

Publié par Goldbroker ™ | 8 avr. 2014 | Articles

Par Ellen Brown

 

"En réalité, les banques sont le gouvernement permanent du pays, quel que soit le parti au pouvoir."

 

Lord Skidelsky, Chambre des Lords, Parlement britannique, 31 mars, 2011

 

Le 20 mars, 2014, les dirigeants de l’Union européenne ont signé un accord historique afin de créer une agence unique pour s’occuper des banques en difficulté. Pendant que l’attention des médias s’est portée sur l’accord concernant un Mécanisme de Résolution Unique (SRM), un système uniforme pour fermer les banques ayant fait défaut, la vraie menace pour les contribuables et les déposants est un accord autorisant les bail-outs et les bail-ins, c’est-à-dire la confiscation des fonds des déposants. Cet accord implique de multiples concessions dans plusieurs pays, et pourrait même être illégal, selon les règles du Parlement européen, mais son adoption est accélérée afin de mettre en place la responsabilité des contribuables et des déposants avant que la situation critique des banques de la Zone euro ne soit exposée.

Les dispositions du bail-in ont été établies l’été dernier. Selon Bruno Waterfield, pour le UK Telegraph, en juin 2013 :

« Selon l’accord, après 2018, les actionnaires des banques seront les premiers visés pour assumer les pertes d’une banque en faillite avant les détenteurs d’obligations et certains gros déposants. Les dépôts assurés en dessous de 85,000 livres sterling (100,000 euros) sont exemptées et, selon certaines dérogations spécifiques, certains dépôts individuels et de petites entreprises figureront dans la liste de ceux qui devront payer pour les pertes... Selon cet accord, tous les détenteurs non assurés d’obligations doivent contribuer à éponger les pertes avant que la banque ne soit éligible à recevoir des injections de capitaux directement du ESM (European Stability Mechanism), sans pouvoir utiliser le fonds de manière rétrospective avant 2018. »

Comme je l’ai noté dans mes articles, ce mécanisme européen de stabilité (ESM) impose une dette illimité aux gouvernements membres de l’Union européenne, mettant les contribuables à profit pour tout ce que les Eurocrates exigent. Et ce n’est pas seulement l’Union européenne qui a mis en place des plans de bail-in pour leurs banques en difficulté. C’est aussi le cas aux États-Unis, au Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et dans d’autres pays du G20. Souvenez-vous qu’un déposant est un créditeur non sécurisé d’une banque. Quand vous déposez de l’argent dans une banque, la banque « possède » l’argent et vous recevez une reconnaissance de dette, ou une promesse de payer.

Sous l’Union bancaire européenne, avant que cette résolution unique financée par les contribuables ne puisse être déployée, les détenteurs de parts et les déposants subiront un bail-in pour une part significative des pertes. Les banquiers gagnent ainsi sur les deux fronts : ils peuvent se servir de l’argent des contribuables et de l’argent des déposants. 

La question non réglée de l’assurance-dépôts

Mais au moins, vous vous dites, ce ne sont que les dépôts non assurés qui sont à risque (ceux au-dessus de 100,000 euros, ou environ $137,000), n’est-ce pas ?

Pas nécessairement. Selon ABC News, « le résultat de jeudi est un compromis qui diffère de l’idée originale de l’Union bancaire, proposée en 2012. Les propositions originales s’appuyaient sur un troisième pilier, l’assurance-dépôt à l'échelle européenne. Mais cette idée n’a pas progressé. »

Mario Draghi, le président de la banque centrale d’Europe, dans un discours lors de la réunion du 20 mars, dans la capitale belge, a vanté le plan de compromis comme étant « un grand progrès vers une meilleure union bancaire. Deux piliers sont en place. » - mais pas le troisième. Et deux piliers ne suffisent pas à protéger le public. Comme il a été observé dans The Economist en juin 2013, sans l’assurance-dépôts à l'échelle européenne, l’Union bancaire est un échec :

« Le troisième pilier, tristement ignoré, serait un plan de garantie de dépôts dans lequel les coûts pour dédommager les déposants assurés seraient partagés entre les membres de la Zone euro. Les contributions annuelles des banques devraient couvrir les déposants dans les années normales, mais elles ne peuvent pas, de façon crédible, protéger le système en cas d’implosion (le plan pré-financé des États-Unis ne couvrirait qu’un maigre 1.35% des dépôts assurés). Tout plan d’assurance-dépôts doit être adossé au gouvernement... L’Union bancaire – et donc l’euro – fera guère de sens sans cela. »

Tous les dépôts sont à risque... mais ces risques sont-ils réels ?

Assez, oui, semblerait-il...

Ce que les Eurocrates ne veulent pas que vous sachiez

Mario Draghi a été vice-président de Goldman Sachs Europe avant de devenir président de la BCE. Il fut un des acteurs majeurs de la formation de l’Union bancaire. Et, selon Wolf Richter, dans un article d’octobre 2013, le but de Draghi et des Eurocrates est de s’assurer de la mise en place de la responsabilité des contribuables et des déposants avant que le bouton de panique ne soit déclenché par l’extrême vulnérabilité des banques de la Zone euro :

« Les banques européennes, comme toutes les banques, ont longtemps été comme des boîtes noires scellées hermétiquement... La seule chose que l’on connaît de ces trous dans les bilans de ces boîtes noires, laissées derrière par des actifs qui se sont discrètement décomposés, est qu’ils sont profonds. Mais personne ne sait jusqu’à quel point. Et on ne laissera personne savoir – pas avant que les Eurocrates décident qui paiera pour sauver ces banques. »

Quand la BCE devient l’organisme chargé de réglementer les 130 plus grandes banques européennes, selon Richter, elle désire les soumettre à des évaluations plus réalistes que les précédents « stress tests », qui n’étaient que de la « propagande bancaire ». Mais ces évaluations réalistes ne se feront pas avant que l’Union bancaire ne soit en place. Comment Richter sait-il cela ? Parce que Draghi l’a affirmé :

« L’efficacité de cet exercice dépendra des arrangements nécessaires pour recapitaliser les banques... incluant une participation publique... Ces arrangements doivent être mis en place avant que l’on ne conclut notre évaluation. »

Richter en fait la traduction suivante :

« La vérité ne sera pas connue avant que les Eurocrates ne décident qui devra payer pour les sauvetages (bail-outs). Et l’examen de ces banques ne sera pas fait d’ici là, parce que si quelque chose devait se répandre – au désarroi de Draghi – le château de cartes pourrait s’écrouler, et les contribuables pourraient ne pas vouloir payer la facture en réalisant son ampleur énorme, qui serait finalement connue de tous ! »

Lorsque les contribuables – et les déposants – découvriront la facture, alors le voile sera levé, et l’insolvabilité extrême des banques sera révélée. Comme il est facile de le prédire, la panique s’installera, il y aura un gel du crédit et les banques s’effondreront, laissant les gens ignorants payer la facture.

Qu’en est-il de la nationalisation des banques en faillite ?

Toutes ces tergiversations et accords dans le but de garder en vie à tout prix les banques « zombies » – en vie et dans les mains de banquiers privés qui peuvent alors continuer de spéculer et d’engranger d’énormes bonus, tandis que les gens ordinaires essuient des pertes.

Mais il ne s’agit pas de la seule alternative. Dans les années ’90, même aux États-Unis, on s’attendait à ce que les grandes banques en faillite soient nationalisées. Cette option fut envisagée avec assez de succès, non seulement en Suède et en Finlande, mais aussi aux États-Unis, dans le cas de Continental Illinois, à cette époque la quatrième plus grande banque du pays, et la plus grande faillite de tous les temps. Selon William Engdahl, en septembre 2008 :

« Dans presque tous les récents cas de crises bancaires dans lesquelles des actions d’urgence étaient nécessaires pour sauver le système financier, la méthode la plus économique (pour les contribuables) a été que le gouvernement, comme en Suède ou en Finlande au début des années ’90, nationalise les banques en difficulté et met sous tutelle leur direction et leurs actifs... Dans le cas de la Suède, le coût final pour les contribuables fut presque nul. »

De manière typique, la nationalisation consiste à prendre le contrôle des mauvaises dettes de la banque insolvable, de remettre la banque sur pied, et de la redonner à des propriétaires privés, qui seront alors libres de risquer l’argent des déposants à nouveau. Mais il serait mieux de conserver les banques nationalisées comme utilités publiques desservant les besoins de la population, car elles sont propriété de la population.

Comme l’a expliqué George Irvin dans Social Europe Journal, en octobre 2011 :

« Le secteur financier a besoin de bien plus qu'une simple réglementation. Il a besoin d’être contrôlé à grande échelle par le secteur public... donc d'utiliser la nationalisation. La finance est un bien public qui est trop important pour être entièrement géré pour et par les banquiers privés. Nous avons besoin d’une grande banque publique d’investissement qui aurait la tâche de moderniser et d’assainir notre infrastructure... Au lieu de dénigrer la Zone euro et de revenir à une douzaine de devises mineures fluctuant quotidiennement, ayons un ministre des finances de la Zone euro (Trésor) qui aurait la puissance fiscale nécessaire pour apporter aux Européens des biens publics tels que plus d’emplois, de meilleurs salaires et retraites, et un environnement soutenable. »

Une troisième alternative : Ouvrir de nouveau les vivres de l’argent du gouvernement

Une erreur flagrante des agissements courants des banques est que les banques privées, et non le gouvernement, créent virtuellement toute la monnaie, et elles le font en créant de la dette portant intérêt. La dette, inévitablement, croît plus rapidement que la masse monétaire, parce que l’intérêt n’est pas créé en même temps que le principal du prêt original.

Pour une explication intelligente de la façon dont cela fonctionne en forme de dessins animés, visionnez la vidéo Government Debt Explained.

Le problème est aggravé dans la Zone euro, parce que personne n’a le pouvoir de créer à partir de rien ce qu’il faut pour équilibrer le système, même pas la banque centrale elle-même. On pourrait remédier à ce défaut, soit en permettant aux nations, de manière individuelle, d’émettre de la monnaie sans dette, tel que suggéré par George Irvin, en donnant ce pouvoir à un Trésor conjoint de la Zone euro.

La Banque d’Angleterre vient juste d’admettre, dans son bulletin trimestriel, que les banques ne prêtent pas d’argent à leurs déposants, mais plutôt qu’elles leur offrent du crédit créé dans leurs livrets. Aux États-Unis, aujourd’hui, les charges financières sur ces quantités de monnaie de crédit représentent entre 30% et 40% de l’économie, selon les chiffres que vous voulez croire. Dans un système monétaire dans lequel la monnaie est émise par le gouvernement et le crédit par les banques privées, cette « orientation rentière » de l’argent peut être évitée. L’argent du gouvernement ne sera pas créé en tant que dette portant intérêt, et tous les coûts financiers encourus par les créanciers des banques publiques représenteront un revenu pour le Trésor qui égalera la taxation.

De la nouvelle monnaie peut être ajoutée à la masse monétaire sans créer de l’inflation, au moins jusqu’à l’écart de production entre l’actuel PIB et le PIB potentiel. Aux États-Unis, ce chiffre est d’environ $1,000 milliards par an, et, pour l’Union européenne, il est d’environ 520 milliards d’euros ($715 milliards). Un Trésor pour la Zone euro pourrait ajouter cette somme à la masse monétaire sans créer de dette, en créant les euros nécessaires à la création d’emplois, à la reconstruction des infrastructures, à la protection de l’environnement, et au maintien d’une économie florissante.

 

Ellen Brown est avocate, fondatrice du Public Banking Instituteet candidate pour le poste de Trésorier de l'État de Californie. Elle est l'auteur de douze livres, y compris le best-seller Web of Debt et son dernier livre, The Public Bank Solution, qui explore les modèles bancaires qui ont fonctionné à travers l'histoire.


Source originale: ellenbrown.com


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