Goldman Sachs est au-dessus des lois !

Publié par Philippe Herlin | 29 août 2013 | Articles

Maintenant c’est clair, et on en a la preuve, même si on s'en doutait : Goldman Sachs est au-dessus des lois. Le 20 août, la prestigieuse banque d’affaires connaît un gros bug informatique : elle émet des ordres erronés en grande quantité sur les marchés américains des options sur actions ainsi que celui de certains fonds indiciels cotés. Ces marchés sont temporairement déstabilisés, c’est dire l’ampleur de la maladresse.

Une pareille mésaventure s’était produite l’été dernier pour une entreprise de services financiers peu connue, Knight Capital. De la même façon, des ordres électroniques erronés avaient été envoyés en rafale sur le marché. La perte s’était élevée à 476 millions de dollars, signant l’arrêt de mort de la société, elle a ensuite été absorbée par un concurrent.

Pour Goldman Sachs les pertes potentielles se chiffrent également en centaines de millions de dollars. Pas de quoi mettre la banque par terre bien sûr, mais cela fait tout de même mauvais genre. Alors pourquoi ne pas essayer de s’arranger avec l’organisme de contrôle du marché pour annuler les ordres ? Et le pire c’est que ça marche ! Le régulateur accepte d’effacer ces ordres et ainsi de réduire considérablement les pertes occasionnées par cette bévue. Mais en face des dizaines de courtiers s’étaient positionnés comme contrepartie et espéraient toucher le pactole, ils voient malheureusement s’évanouir ces gains. Pire, une fois les ordres de Goldman Sachs annulés, leurs propres ordres deviennent irrationnels, et ils encaisseront même des pertes !

Nous ne sommes plus ici sur un marché libre, c’est la loi du plus fort qui l’emporte. Le fait que "The Firm" soit impliquée dans divers scandales de manipulation de cours des matières premières et de l’énergie aurait du jouer contre elle. Même pas, c’est dire sa puissance. C'est dire, d'une façon plus générale, le pouvoir acquis par les grandes banques "too big too fail".

Y a-t-il eu négociation, au sens de rapport de force, entre la banque d'affaires et le régulateur d'ailleurs ? Ne pourrait-on pas imaginer un échange de bons procédés, au hasard : tu continues de peser à la baisse sur le cours de l’or et je te file un coup de main. Autre exemple purement aléatoire : tes algorithmes poussent dans les dernières minutes l'indice de la bourse en territoire positif, et je te revaudrai ça. Le nombre de séances consécutives orientées à la hausse atteint des chiffres que l'on ne connaissait pas il y a quelques années. Personne ne parle de manipulation des cours, mais les régulateurs boursiers y ont-ils intérêt ? Non bien sûr. Ils en profitent même puisque cela attire de nouveaux investisseurs.

D'ailleurs remarquons que les plaintes concernant la manipulation des cours émanent rarement des régulateurs pourtant chargés de surveiller le bon fonctionnement des marchés, mais plutôt d'investisseurs ou d'opérateurs floués. Concernant l'aluminium, une plainte en nom collectif a été déposée le 1er août contre Goldman Sachs ET la bourse londonienne LME, accusés d'entente afin de gonfler artificiellement son prix.

Après tout les bourses sont des entreprises comme les autres, elles ont toutes été privatisées à l'occasion de la libéralisation financière des années 80 et 90 ; ce qui n'était pas forcément une bonne idée. Le résultat on le voit maintenant à l'occasion de cette affaire où les suspicions apparaissent concernant une entente entre les marchés et les plus grandes banques. La banque centrale n'étant pas loin derrière, soyons en certains... Il ne s'agit pas de céder à la théorie du complot, mais d'analyser les faits, et l'inquiétude que l'on peut avoir sur le bon fonctionnement des marchés est réelle.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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