La baguette magique des banques centrales n’aura pas d’effet

Publié par Egon Von Greyerz | 25 févr. 2016 | Articles

Les dirigeants des banques centrales se prennent pour des magiciens qui, à coup de baguette magique, peuvent créer les conditions économiques qu’ils désirent. Mais le problème est qu’ils se trompent toujours dans leurs analyses de l’économie, alors ils ne savent pas quoi faire avec la baguette. Cette baguette n’a rien de magique, c’est du toc. C’est le problème de toutes les banques centrales : on leur donne des pouvoirs illimités pour manipuler les politiques monétaires et pour imprimer de la monnaie.

Mais lorsque vous dotez de pouvoirs infinis quelqu’un qui ne peut ni analyser la situation correctement, ni ne comprend les conséquences de ses actions, c’est comme donner des armes de destruction massive à des enfants. C’est même pire que cela, car les banquiers utilisent ces armes pour créer de la richesse chez leurs amis banquiers. Les banques centrales ont ainsi créé de la méga-richesse pour une minorité infiniment faible et de la dette illimitée et de la misère pour le reste du monde. Les banques centrales créent des expansions et des contractions d’une ampleur qui détruit totalement l’économie. Et c’est exactement ce qui arrivera dans les prochaines années.

L’économie mondiale fonctionnerait bien mieux sans les banques centrales. Au lieu de ces expansions et contractions massives auxquelles nous assistons, nous verrions simplement des cycles naturels d'autocorrection de moindre ampleur. Le cycle qui a débuté changera le monde pour très longtemps. Une centaine d’années de mauvaise gestion aura mené à une misère économique et humaine qui pourrait durer des décennies, voire des siècles, comme après la fin de l’Empire romain.

Il n’y a pas de politiciens honnêtes

En décembre, après la hausse des taux par la Fed, nous disions que la Fed avait encore pris la mauvaise décision et qu’elle allait revenir dessus. Cette semaine, dans sa déclaration au Congrès, Janet Yellen a déjà commencé à revoir sa position. Mais, comme tous les politiciens, elle ne voit pas, ou ne veut pas admettre, que la plupart des problèmes économiques découlent de la politique monétaire des États-Unis. C’est parce que les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens depuis un demi-siècle et inondé le monde de dollars imprimés sans valeur que nous sommes dans ce pétrin. Mais c’est une politicienne et elle ne l’admettra jamais. Au contraire, cette semaine, elle a blâmé les turbulences globales sur les marchés et les risques plus élevés en Chine, qui auraient créé des conditions moins propices à la croissance américaine. Il est étonnant de voir que les politiciens ont du mal à être honnêtes et à voir la poutre dans leur œil plutôt que la paille dans l’œil du voisin.

Cela me rappelle Gordon Brown, l’ancien premier ministre du Parti travailliste, qui, alors qu’il était Chancellier de l’Échiquier, avait dit au parlement qu’il avait aboli les cycles d’expansion et de contraction. Mais, quand la crise de 2006-2009 a débuté, il a jeté le blâme sur les conditions internationales plutôt que sur sa propre mauvaise gestion de l’économie du Royaume-Uni. C’est cela, l’immoralité des politiciens : ils prennent le crédit pour tout ce qui est bien, mais ils blâment les autres pour les catastrophes qu’ils créent eux-mêmes.

Les États-Unis rejoindront le club des taux d’intérêt négatifs

Donc Janet Yellen a commis une nouvelle erreur, admise à moitié. Comme je l’avais dit en décembre, il ne sera plus question d’une augmentation de taux, mais bien d'une réduction de taux, et probablement même de taux négatifs. Elle a confirmé que la Fed étudiait les taux négatifs, en déclarant : « Nous voudrions être prêts si nous avions à être plus accommodants. » Ce langage de la Fed est tout simplement irréel. Pourquoi n’utilisent-ils pas un langage que les gens ordinaires peuvent comprendre ? Ils créent des termes fantaisistes comme « assouplissement quantitatif » et « accommodation » pour faire croire aux gens que la Fed fait quelque chose de complexe et d’intelligent. Pourquoi ne pas utiliser les mots justes, comme impression monétaire et manipulation des taux d’intérêt ? Car le monde se rendrait alors compte de la supercherie, c’est pourquoi ils doivent cacher leurs actions derrière du Fedspeak incompréhensible. De toute manière, Janet Yellen sait que les taux d’intérêt négatifs seront probablement instaurés et que les États-Unis se joindront aux 13 pays qui les ont déjà.

La compétition visant à déterminer qui aura les taux les plus bas s’échauffe. La Suisse mène actuellement, à -0,75%. Mais la Suède veut les rattraper, et elle est maintenant à -0,5% (je vous jure qu’il ne s’agit que d’une coïncidence si je suis à la fois suédois et suisse !). L’économie suédoise se portant relativement bien, une réduction des taux n’est pas vraiment justifiée. Mais la raison officielle donnée par la Riksbank est que l’inflation est trop faible. Ils ne réalisent pas est que les taux bas ou négatifs ne stimulent pas l’économie. Cela décourage l’épargne et, donc, l’investissement aussi. Mais la vraie raison pour baisser les taux n’est pas la faible inflation, mais de gagner la course vers le bas des devises. La Suède et la Suisse sont en compétition, avec au moins onze autre pays qui ont des taux négatifs.

Les investisseurs ne devraient pas faire confiance aux bulles que sont les marchés

Les marchés financiers, pendant des années, ont ignoré la réalité économique et ont applaudi l’impression monétaire et la création de crédit. Cela fait longtemps que nous soulignons que ces fausses conditions amèneraient leur lot de larmes, et c’est ce qui arrive finalement depuis le début de 2016. Ce n’est que le début. Il n’y a pas encore de panique sur les marchés, mais cela viendra bientôt. La semaine dernière, j’ai rencontré plusieurs individus richissimes. Ils sont inquiets, mais pas au point de changer de stratégie d’investissement, qui est principalement constituée d’actions, d’obligations, de hedge funds et d’immobilier. Les hedge funds, en général, ont connu une mauvaise année 2015. Les actions et obligations sont évaluées de manière fantaisiste. Très peu d’investisseurs réalisent qu’ils ne pourraient obtenir que la moitié de la valeur dans les conditions actuelles du marché. Il est fascinant de voir le nombre d’investisseurs immobiliers qui croient détenir un actif qui protège leur patrimoine. Ils ne réalisent pas que la brique et le mortier n’ont quasiment aucune valeur lorsque les édifices sont vides et qu’ils n’offrent plus de source de revenus.

Une destruction de richesse sans précédent

Nous allons assister à la destruction de richesse la plus massive de l’histoire. La plupart des investisseurs vont s’accrocher jusqu’au plancher, alors que près de 200 000 milliards $ d’investissement se seront évaporés. Très peu des riches investisseurs que je rencontre possèdent de l’or ou en comprennent la signification. Mais c’est normal, vu que moins de 0,5% des actifs financiers mondiaux sont de l’or. Très peu réalisent que le Dow Jones et les autres bourses ont perdu 71% par rapport à l’or depuis 1999. Mais, encore plus important, le Dow Jones a déjà perdu 22% par rapport à l’or en 2016. Avant que cette destruction d’actifs ne soit terminée, le Dow Jones aura perdu encore au moins 90% par rapport à l’or. Il faudrait que les investisseurs réalisent qu’en mettant, disons, 20% de leurs investissements sur le marché dans l’or physique, ils détiendraient à la fois une police d’assurance pour leurs actifs et préserveraient leur richesse.

2007-2009 n’était qu’un coup de semonce

Les mauvaises nouvelles arrivent dorénavant de partout. Prenez AP Möller Maersk, par exemple. Ils ont la plus grande flotte de conteneurs maritimes, et ils ont essuyé une perte de 2,5 milliards $ au quatrième trimestre. Leur président a déclaré que les conditions sont pires qu’en 2008. Je répète ce que j’ai dit plusieurs fois : la crise de 2007-2009 n’était qu’une avant-première. Ce qui est arrivé à cette époque ne sera rien à côté de l’effondrement économique à venir dans les prochaines années. En 2006, les taux d’intérêt étaient beaucoup plus élevés dans le monde entier. Aux États-Unis, par exemple, les taux à court terme étaient de 5%. Depuis, il y a eu 637 réductions de taux, et 500 millions de personnes vivent dans des pays avec des taux d’intérêt zéro ou négatifs. Depuis 2007, les gouvernements ont dépensé plus de 12 000 milliards $ pour acheter des actifs, dont une majeure partie ne valent rien.

Le système financier survivra-t-il ?

Et, finalement, les investisseurs réalisent que la plupart des banques ne sortiront pas intactes, si elles s’en sortent, de la prochaine crise. Les actions des banques à travers le monde ont baissé de 20-40% cette année. Le coût des CDS (Credit Default Swap, une forme d’assurance) pour ces banques grimpe en flèche. Les traders d’obligations décrivent la situation comme étant « pire que Lehman Brothers ». Des banques comme Crédit Suisse et Deutsche Bank perdent des milliards. Les produits dérivés de la Deutsche Bank représentent plus de vingt fois le PIB allemand, et le système bancaire suisse est d’environ sept fois le PIB de la Suisse, si on en exclut les produits dérivés. Il n’y a pas que les dépôts bancaires qui sont à risque, mais tous les actifs en dépôt, tels que les actions ou obligations. Ce n’est pas le moment de détenir des actifs dans le système financier.

L’économie mondiale repose sur une fondation de dette

Nous rentrons dans une phase très dangereuse. La confiance s’évapore rapidement et est remplacée par la peur. Nous savons que l’économie mondiale repose sur une fondation de dette et de fausses promesses des gouvernements. Le monde commence maintenant à réaliser que la majeure partie de cette dette ne vaut rien et que les promesses vides des gouvernements ne mènent à rien.

Il y a tant de trous noirs qu’à tout moment nous pourrions nous réveiller et apprendre qu’une banque ou un état souverain ont disparus. Oui, les gouvernements imposeront davantage de taux négatifs et imprimeront des montants infinis de monnaie, mais cela ne donnera rien. Le processus d’implosion des actifs pourrait survenir très rapidement et de manière inattendue. Mais que cela survienne dans quelques mois ou que cela prenne, disons, cinq ans, le monde changera après les bouleversements à venir.

Nous avons vu la première phase du retournement des marchés en janvier. L’actuelle reprise ne durera sans doute pas longtemps. Bientôt, les problèmes de l’économie mondiale reprendront le dessus et entraîneront des chutes rapides des actifs, des marchés et des devises. L’or et l’argent grimperont très fortement.

Les quelques chanceux qui peuvent se permettre de détenir de l’or physique traverseront mieux la tempête, financièrement. Mais personne ne pourra échapper à la misère qui frappera dans les années à venir.


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Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

   

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