Au secours, le refroidissement monétaire s'accentue !

Publié par Philippe Herlin | 31 déc. 2015 | Articles

Au moment où toute la planète vient de se réunir à Paris pour lutter contre le réchauffement climatique avec la COP21, un refroidissement menace le monde, d'une autre nature cependant, le refroidissement monétaire. En effet, selon la Fed de Saint Louis, qui gère ces statistiques, la vitesse de circulation de la monnaie aux Etats-Unis n'a jamais été aussi basse. Après une grande stabilité durant trente ans, de 1960 jusqu'en 1990, cette vélocité de la monnaie se met à grimper pour ensuite s'effondrer en 2000-2002, se redresser ensuite, puis chuter de plus belle à partir de 2007.

A chaque fois que la banque centrale américaine baisse ses taux à zéro, et lance des QE, au prétexte d'éviter une crise économique (en 2000-2001 suite au krach des valeurs Internet et des attentats du 11 septembre, en 2008 suite à la crise des subprimes), la vitesse de la circulation de la monnaie s'effondre. Il y a donc plus de monnaie dans le système, mais qui circule moins vite, les deux effets s'annulent pour un résultat final qui ne change pas grand chose par rapport à la situation précédente.

On connait la raison de ce phénomène : la monnaie ainsi créée ne va pas dans l'économie réelle, elle reste dans le circuit bancaire, s'investit sur les marchés financiers, et retourne même, pour une grande part, dans les coffres de la banque centrale. Plutôt que d'augmenter les crédits à une économie qui ne redémarre pas, ou même de prêter à d'autres institutions financières, les banques préfèrent placer cet argent en toute sécurité à la banque centrale, ou jouer avec sur les marchés. Le phénomène est identique en Europe et au Japon, où les banques centrales sont également adeptes du taux zéro et des QE. Des bulles se créent sur les marchés des actifs tandis que l'économie réelle voit sa croissance – sa "température" – stagner à zéro. S'il fallait un graphique pour traduire la totale inefficacité des politiques des banques centrales, le voici.

Ces politiques hasardeuses des banques centrales comportent cependant un risque, celui d'une augmentation brutale de cette vitesse de circulation. Car la Fed, la BCE ou la BoJ ne la contrôlent pas directement, celle-ci dépend du comportement des agents économiques. Toutes choses égales par ailleurs, si elle augmente brusquement, les prix dérapent, et la situation devient rapidement irrattrapable. Au refroidissement succéderait la surchauffe ! La seule action possible pour les banques centrales serait alors d'augmenter rapidement et significativement leurs taux d'intérêt, ce qui provoquerait un cataclysme (les charges d'emprunt pour l'Etat exploseraient, les ménages et les entreprises endettés se retrouveraient en faillite, la valeur des bons du Trésor dans les bilans des banques et des assurances s'effondrerait...). Et cette vitesse, elle peut se modifier instantanément avec des facteurs psychologiques (perte de confiance dans la monnaie). Nous n'y sommes pas, mais le risque existe. Voici l'équilibre précaire se lequel se trouvent les "politiques monétaires" actuelles, soit l'inefficacité, soit le cataclysme.

En attendant, nul ne sait jusqu'où cette vitesse de circulation de la monnaie va tomber, si à un moment un rebond va se produire, ou si la "température" de l'argent va continuer à baisser. Ce sera sans doute l'une des découvertes de l'année 2016. Sur ce, malgré tout, bonne année à vous tous !


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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