L’assurance-vie, requiem pour un placement défunt

Publié par Philippe Herlin | 15 oct. 2015 | Articles

Nous avons déjà alerté ici sur les dangers qui pèsent sur l’assurance-vie, l’un des placements préférés des Français et des Européens. Avec des taux d’intérêt à zéro ou presque sur toutes les maturités, avec de très faibles rendements obligataires même sur des échéances longues, il devient impossible d’offrir des rendements attractifs aux produits d’assurance-vie. Pire, cela remet en cause la rentabilité de ce métier : selon le FMI, le quart des compagnies d’assurance européennes seraient incapables de respecter les ratios de solvabilité, et cela constitue une "source potentielle de déstabilisation" du système financier dans son ensemble avertit l’institution internationale.

La plupart des produits distribués en Europe sont en effet "à taux garantis", ce qui signifie que l’assureur s’engage par contrat à un rendement minimal sur toute la durée du produit souscrit par l’épargnant. Cet engagement représente désormais une contrainte financière trop lourde pour les sociétés d’assurance et le FMI préconise carrément de modifier la réglementation pour rompre cette obligation. Nous n’y sommes pas encore, mais une première étape sera bientôt franchie en Allemagne puisqu’à partir de l’année prochaine les nouveaux contrats ne seront plus obligés de comporter cette clause (L’Agefi). L’assurance-vie à taux garanti, en Allemagne, c’est terminé !

L’Allemagne est la première concernée parce que ses obligations souveraines (les "bunds") sont très proches de zéro : l’emprunt à dix ans rapporte 0,56% par an (cours du 14 octobre), il ne reste donc vraiment plus grand-chose à reverser au souscripteur ! Mais gageons que d’autres pays vont la suivre dans cette voie, comme la France, l’Italie, l’Espagne, l’Europe du Nord. Et si, comme on peut le prévoir, les taux d’intérêt restent scotchés à zéro et qu’en conséquence la situation financière des assureurs se dégrade encore, on peut s’attendre à voir la préconisation du FMI mise en œuvre, c'est-à-dire que l’engagement des taux garantis sur les contrats existants sera cassé. Une telle décision suscitera un scandale chez les épargnants floués, les gouvernements tenteront d’enrober la nouvelle en expliquant qu’il faut sauver les compagnies d’assurance, mais cela voudra surtout dire que la crise financière a encore franchi un palier.

L’assurance-vie a longtemps apporté des revenus confortables aux épargnants, mais désormais cet âge d’or s’achève. Seuls les contrats anciens, souscrits à l’époque où les taux étaient élevés, demeurent intéressants, mais leur nombre s’amenuise. Ce placement ne propose presque plus rien en termes de rendement, tandis qu’il devient de plus en plus risqué en termes de capital à mesure que les Etats continuent de s’endetter. Souscrire un contrat investi dans des bons du Trésor italiens, espagnols, français, voici un sacré risque ! Quant à y inclure une part significative d’actions pour espérer en améliorer le rendement, voici un autre risque important au moment où les marchés boursiers sont au plus haut.

On y revient : pendant longtemps le milieu de la finance s’est moqué de l’or en expliquant qu’il ne rapporte pas d’intérêts. Désormais tout le monde est au même niveau, c’est le moment de prendre sa revanche, non ? "L’or [physique] ne fait pas faillite" dit la formule (qui peut en dire autant ?), et son cours ne manquera pas d’être favorablement impacté au fur et à mesure que les dégâts du taux zéro se répandront dans l’économie. Chacun sait ce qu’il lui reste à faire.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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