L'argent dette et la création monétaire par les banques commerciales

Publié par Richard Détente | 5 mars 2018 | Articles

L'argent dette et la création monétaire par les banques commerciales intriguent beaucoup. Regardons ça ensemble pour démystifier ces concepts.

 

 

Bonjour à tous, aujourd'hui nous allons parler de la création monétaire et de l'argent-dette.

Ah oui, j'ai vu une vidéo de Paul Grignon qui explique que l'argent que nous utilisons n'existe pas et que les banquiers vont devenir les maîtres du monde grâce aux intérêts.

Ça fait flipper, leur truc.

Justement, dans cette vidéo, il y a du vrai et beaucoup de faux. Comme le sujet de la création monétaire est vaste, je te propose que tu me poses tes questions et qu’on voit ensemble.

Bon alors, question simple pour commencer : d'où vient l'argent ?

Principalement de deux endroits. La BCE imprime les pièces et les billets et les banques commerciales créent l'argent dématérialisé.

Donc, tu me dis que les banques commerciales peuvent créer de l'argent ?

Tout à fait ; la banque centrale leur permet de créer une quantité d'argent proportionnelle à leurs fonds propres, pour faire simple, à condition qu'elle le détruise plus tard quand on le leur rend.

Par exemple, si une banque possède 1 000 € de fonds propres et que la banque centrale lui autorise un levier de 15, alors notre banque pourra créer jusqu'à 15 000 € d'argent qu'elle pourra donner à ses clients sous la forme d'un prêt.

Ensuite, quand le client rembourse le prêt, elle le détruit au fur et à mesure.

Et c'est ce processus de destruction monétaire qui lui permettra de refaire un prêt à quelqu'un d'autre.

La contrainte de la banque est de ne jamais dépasser les 15 000 € d'argent prêté.

Ha-ha, oui, j'avais bien compris ça, mais du coup, comme la banque demande un taux d'intérêt, elle va récupérer plus auprès de son client qu'elle ne lui a donné à la base. Regarde :

J'emprunte 1000 € sur un mois. La banque crée 1000 € et me les donne.

À la fin du mois, je les lui rends et là, bam !, le banquier me demande 5 € d'intérêts. Du coup, le banquier a créé 1 000 € de faux argent qu'il m'a prêté pour récupérer 5 € de vrai argent que je devrai trouver ailleurs.

C'est bien ça que dénonce la vidéo de Paul Grignon.

Et oui, mais non.

Il faut admettre deux choses. La première, c'est qu’avant ce système de création monétaire basé sur la dette, il y avait déjà de l'argent en circulation qui n'était pas de la dette. En gros, disons que la monnaie d'avant, c'était l'or, et que l'or n'est la dette de personne.

Bien ; on peut donc admettre qu'il y a une base monétaire initiale.

Ok, pas de soucis.

Et il faut aussi comprendre qu'un cycle monétaire basé sur de l'argent-dette est désynchronisé. On ne peut pas l'expliquer en un seul cycle.

En gros, pour comprendre comment les intérêts sont payés, il faut ajouter un tour de plus à notre simulation.

Qu'est-ce que tu as fait avec tes 1 000 € empruntés ?

Ben, comme je suis boulanger, je me suis acheté un nouveau pétrin pour faire du pain. Et alors ?

Donc, pour faire simple, tu as fait du pain avec ces 1 000 €.

C'est ça.

Et, par hasard, tu ne vois pas le banquier venir acheter son pain chez toi le soir ?

Si, mais c'est quoi le rapport ?

Le rapport, c'est que tu vas pouvoir payer les intérêts du banquier avec les sous qu'il te donne pour acheter ton pain.

Si vous voulez comprendre ça en détail, je vous conseille l'excellente vidéo de Heureka, qui a très bien développé cet aspect.

Sinon, faites-moi confiance, ça marche.

Donc, cette histoire de banquier qui capte tout l'argent du monde grâce aux intérêts, c'est techniquement absurde.

Bon, d'accord sur le principe. Mais, dans les faits, mon banquier choisit le taux d'intérêt qu'il me propose en fonction de son humeur. Ce que je veux dire, c'est que lorsque je vais chez le coiffeur, je sais que ça coûte 15 € et, grosso modo, à l'inflation près, ça bouge pas des masses d'une année sur l'autre.

Mais le banquier, c'est pas pareil, ses taux d'intérêt changent tout le temps.

Franchement, il essaie de se faire de la gratte sur mon dos, non ?

Pour comprendre tout ça, il faut comprendre ce que l'on paie dans un taux d'intérêt.

Bon, pour repartir des bases, disons que lorsque l'on achète un ticket de bus, le prix est certain et connu. Le coiffeur sait à peu près combien il a de clients par mois et il sait combien lui coûte le salaire de ses employés et tout le bazar de coiffeur dont il a besoin.

Donc son prix est assez stable dans le temps car, en réalité, le prix du coiffeur correspond à une expérience du passé que l'on peut transposer dans l'avenir assez facilement sans trop se tromper.

Et puis le coiffeur est payé au bout de 20 minutes quand il a fini. Donc, il ne supporte pas de risque sur l'avenir par rapport à un client qui rentre dans son salon.

Pour le banquier, c'est pas pareil du tout car, en réalité, avec un taux d'intérêt, on achète la valeur du temps.

C'est beau comme phrase, mais c'est un peu philosophique, non ?

Non, regarde : quand tu fais un emprunt, tu demandes aujourd'hui de l'argent que tu vas dépenser en espérant pouvoir le rembourser plus tard.

Dans ton exemple, quand tu empruntes 1 000 € pour acheter un pétrin à pain, il n'est pas certain que tu puisses rembourser dans un mois.

Si, pour une raison ou pour une autre, tu ne peux pas rembourser ton banquier, la perte sera pour lui.

Tout le travail du banquier, normalement, c'est l'évaluation des risques et opportunités dans le futur.

Dans ton cas, sur un mois pour un petit montant, le risque est assez faible, donc le taux d'intérêt sera bas.

Mais si tu demandes un prêt de 50 000 € sur 10 ans pour créer une boulangerie, tu demanderas à ton banquier d'évaluer tes chances de réussir ton projet. Et là, le risque est autrement plus important. Le taux sera donc plus élevé.

Bon, d'accord, mais en vrai, il connaît son métier, donc il sait faire des prévisions. En gros, il est toujours gagnant.

Quand le système capitaliste fonctionne normalement c'est loin d'être évident. Et si vous voulez comprendre la finesse de la chose, je vous renvoie à ma vidéo sur l'argent gratuit qui parle des taux d'intérêt bas.

Ssi vous souhaitez me croire sur parole, alors retenez que l'avenir se dévoile sous nos pas et qu'un taux d'intérêt élevé dans un marché libre traduit un risque élevé.

Dit autrement, les taux sont élevés parce que les banques qui ont proposé des taux plus bas n'ont pas réussi à gagner de l'argent ou en ont perdu.

Ce qui est très important de comprendre, c'est ce que Wicksell a appelé le taux naturel de l'économie.

En fonction de l'état d'une économie, il y a un taux d'intérêt naturel qui équilibre la demande en crédit et l'offre de crédit.

Lorsque le système financier fonctionne en dessous de ce taux naturel, des bulles apparaissent et la croissance ralentit pour les raisons que j'ai expliquées dans la vidéo sur l'argent gratuit.

Mais lorsque le système financier fonctionne avec des taux d'intérêts supérieurs au taux naturel, alors les entreprises font faillite et l'économie rentre en crise pour la simple et bonne raison que l'économie réelle, si je puis dire, ne peut pas fournir des taux d'intérêt aussi élevés que demandés.

Dans ce cas, les entreprises font faillite et les banques coulent, car elles ne sont pas remboursées.

D'accord, c'est super convaincant tout ça, mais aujourd'hui on est d'accord pour dire que la finance est fortement dérégulée, et ce que tu me racontes ne colle absolument pas avec la réalité.

Il est où, le souci ?

C'est exactement ça, la vraie question. Et c'est la seule question qui vaille. Voici les réponses car, sur ce coup, je suis de plus en plus sûr de moi lorsque je vois comment les choses se passent.

Le secret, c'est que la finance est justement très mal régulée.

D'un côté, les taux d'intérêt sont administrés par les banques centrales de façon politique pour éviter des crises financières, et c'est une très mauvaise idée, car les taux d'intérêts sont les premiers prix dont découlent tous les autres. S'il n'y avait qu'une seule chose à ne pas toucher, ce serait bien ça.

Donc, de ce côté, on souffre d'une régulation malsaine.

Le marché saurait très bien faire tout seul en respectant les conditions suivantes :

1) La monnaie est un bien commun dont le coût de production est de 0.

La monnaie ne demande aucun travail de production car, dans notre système actuel, elle se décrète. La monnaie est une notion abstraite utile pour s'échanger des choses.

C'est donc logiquement à l'État qu'il convient de gérer la monnaie en tant qu'expression d'un besoin collectif.

L'or est un système qui fait ses preuves lorsque la défiance envers l'État devient trop grande. Mais lorsque l'or devient la solution, c'est avant tout un constat d'échec collectif.

2) Donc, les activités touchant à la création monétaire, comme les activités bancaires, doivent être fortement régulées. Et là, on souffre d'une très forte absence de régulation.

Il est absolument anormal que des banques soient trop grosses pour faire faillite.

Il est absolument anormal que des banques aient des leviers de création monétaire supérieurs à 10, voire 15 au grand maximum.

Il est absolument anormal que les banques de dépôts puissent avoir des activités de marchés à risques.

Il est absolument anormal que les banques d'affaires puissent construire des produits financiers comme les CDS, dont je vous ai parlé avec Risque Alpha, sans avoir l'obligation de constituer des provisions.

3) Enfin, même si ce n'est pas quelque chose de facile à accepter, il faut laisser les entreprises faire faillite. Le problème, c'est que les banques centrales ont pour objectif d'éviter les crises économiques et financières. Donc, les déséquilibres augmentent et les crises sont de plus en plus fortes et incontrôlées.

En conclusion, j'espère vous avoir convaincu que ces débats sur la création monétaire ne sont pas la bonne piste à suivre.

Oui, on peut inventer 1 000 systèmes monétaires différents qui peuvent marcher, mais cela ne nous permettra jamais de nous confronter à la réalité.

Dans le fond, il n'y a que deux questions qui sont importantes :

1) Comment est-ce que l'on s'organise pour produire de la richesse ?

2) Comment nous organisons-nous pour assumer les prises de risques qui découlent obligatoirement du développement d'une activité économique ?

Tout le reste n'est que faux débat et baratin.


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