Alerte : bientôt le scénario chypriote pour l’Italie ?

Publié par Philippe Herlin | 21 janv. 2016 | Articles

Le secteur bancaire italien entre dans la tourmente, plusieurs grands groupes bancaires se sont effondrés à la bourse de Milan ce lundi : Monte dei Paschi di Siena (BMPS) a perdu 14,76%, Banca Popolare dell’Emilia Romagna (BPER) 8,97%, UBI Banca 8,53%, Banco Popolare 6,46%, Banca Popolare di Milano 5,44%, Intesa Sanpaolo 4,85%. Et encore les cours ont-ils été suspendus, sinon la chute aurait été plus sévère. A la réouverture de la cotation, mardi, la glissade reprend (-14,37% pour Monte dei Paschi di Siena, -8,56% pour Banco popolare, -5,72% pour Unicredit, etc.) entraînant une nouvelle suspension des cours…

L’Italie, nous en avons parlé récemment, le 17 décembre, lorsque le gouvernement a sauvé quatre petites banques régionales, pour une facture de 3,6 milliards d’euros payée par les grandes banques du pays. Matteo Renzi agissait alors dans l’urgence car il voulait absolument éviter la mise en œuvre de la directive BRRD (entrée en vigueur le 1er janvier 2016) qui – nous l’avons expliqué – fait reposer le renflouement d’une banque en faillite sur la ponction des comptes courants de ses clients. Le scandale aurait alors pris une toute autre ampleur, et c’est un bank run qui aurait alors menacé les autres banques de la péninsule.

Manque de chance, c’est ce qui semble devoir se produire. Les grandes banques du pays sont désormais entrées dans la bourrasque : les taux zéro écrasent leurs marges et leurs créances douteuses sont évaluées à 200 milliards d’euros (selon le banquier Lorenzo Codogno et ancien directeur général au ministère des Finances italien). Le FMI presse le gouvernement de créer une bad bank pour prendre en charge ces actifs pourris, mais la Commission européenne s’y oppose car un tel dispositif serait considéré comme une aide d’Etat, interdite en principe. Eh oui, voici une des conséquences de la directive BRRD, l’Etat ne peut plus renflouer ses banques ! Les bail-out son interdits, priorité exclusive aux bail-in, les épargnants doivent payer !

La BCE s’inquiète et a officiellement demandé de nouvelles informations sur ces 200 milliards d’euros de créances douteuses, qui constituent la principale menace. La proportion de ces créances douteuses ramenées à la totalité des créances détenues par les banques est de 17,5% en Italie, alors qu'elle n'est que de 2% en Allemagne, de 4% en France et de 7% en Espagne, selon les données de Royal Bank of Scotland. Elle s’élève même à 22% pour Monte dei Paschi di Siena selon Reuters, la troisième banque du pays (et accessoirement la plus ancienne du monde, fondée en 1472). On peut parler de système bancaire au bord de la faillite.

On se doute que le bank run a déjà commencé, que les gros clients virent leur argent dans d’autres banques ou à l’étranger. La chute des cours indique une prise de conscience des gens, dirons-nous, bien informés. Nous n’en sommes pas encore à la masse des déposants faisant la queue devant les distributeurs de billets, mais cela pourrait ne pas tarder.

Quelle va être la suite ? Une consolidation des banques (le paysage italien est très éclaté avec 700 banques) qui va repousser les problèmes de plusieurs mois ? Matteo Renzi qui réussi finalement à créer une bad bank (et la dette publique qui grimpe de 200 milliards, on n’est plus à ça près), ou une ponction de 200 milliards dans les poches des épargnants (le scénario chypriote, la directive BRRD) et une crise politique assurée ? Il va faire très chaud en Italie dans les semaines qui viennent.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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