Le 10 mars, Mario Draghi a surtout cherché à prévenir une crise bancaire

Publié par Philippe Herlin | 17 mars 2016 | Articles

Après s’être limité à faire des annonces lors de ses précédentes conférences de presse, cette fois, le 10 mars, Mario Draghi a agit, et de façon massive :

- La Banque Centrale Européenne abaisse son taux directeur à 0% (contre 0,05%), les facilités de dépôt passent de -0,30% à -0,40% (il sera encore plus coûteux aux banques de déposer leurs liquidités à la BCE),

- son plan de Quantitative Easing (programme de rachats d’actifs) passe de 60 à 80 milliards d’euros par mois, et il ne se limitera plus aux dettes souveraines mais pourra concerner les obligations d’entreprises,

- et enfin, on en a moins parlé, la BCE lancera une nouvelle série de quatre injections de liquidité à long terme sur une durée de quatre ans (TLTRO 2) à compter de juin 2016, avec une nouveauté : les banques pourront emprunter au taux de la facilité de dépôt, c'est-à-dire à taux négatif (-0,40%), et donc se faire payer.

Au moment de l’annonce de ces mesures, les marchés ont bondi, mais pour aussitôt refluer et terminer la journée en léger repli, comme s’ils s’attendaient à plus, ou à autre chose. Mais l’objectif de Mario Draghi consistait-il vraiment à booster les marchés, qui de toute façon avaient déjà interrompu leur glissade du début d’année ? Ne poursuit-il pas un autre objectif, de façon masquée ?

Car enfin, la plus impressionnante de ces mesures est la troisième, celle consistant à offrir aux banques (à taux négatif de 0,40%, soit autant de gagné pour elles), pour une durée de quatre ans, sans limitation de montant, quatre séries de prêts à compter de juin prochain. C’est "open bar" pour les banques ! Et pourquoi donc, y aurait-il de la faillite dans l’air ?

Justement, Mario Draghi est bien placé pour savoir que les banques italiennes sont en très mauvaise posture : 17% de leurs prêts sont irrécouvrables, soit 200 milliards d’euros. Rajoutons à cela un paysage fragmenté (plus de 700 banques), un manque criant de capitaux, le numéro deux (Monte dei Paschi) au bord de la faillite, un Etat surendetté (132% du PIB) qui ne pourrait pas faire grand-chose, et c’est tout le secteur qui menace de tomber. Evidemment, une crise grecque à l’échelle de l’Italie mettrait en péril toute la zone euro et l’euro lui-même.

Autre motif d’inquiétude pour le président de la BCE, une banque qui a également son siège à Francfort, la Deutsche Bank et sa montagne de produits dérivés, ses procès perdus à répétition, ses restructurations permanentes, sa fragilité. Notons également que le QE, jusqu’ici réservé aux emprunts d’Etat, pourra bénéficier a de grandes entreprises, possiblement systémiques et dont il faudrait éviter le défaut, comme la compagnie de négoce de matières premières Glencore, actuellement mal en point.

Voici à l’évidence le véritable objectif des annonces de Mario Draghi le 10 mars lors de sa conférence de presse, non pas satisfaire les marchés, qui ont retrouvé une certaine stabilité, mais répondre à une crise bancaire qui pointe son nez, et dont il ne faut piper mot afin, justement, ne pas effrayer les marchés. Dans ce cadre, on pourra dire que c’est plutôt bien joué, tout le monde n’y aura vu que du feu. Mais lorsque les premiers signes de cette crise deviendront évidents, nous verrons si le président de la BCE se révèle toujours aussi habile...


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

   

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